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samedi 30 juillet 2016

Du livre au film - #4

Après un léger abandon de cette rubrique, c'est avec Avant toi que j'ai voulu écrire ce #4 du Livre au film. Vous pouvez, si vous le souhaitez, (re)lire les trois premiers numéros en cliquant ICI ; au programme : La Couleur des Sentiments ; Bel-Ami et La Face cachée de Margo.


LE LIVRE

Avant toi, écrit par Jojo Moyes et édité en France en 2014, faisait partie de mes idées lecture depuis un certain temps, mais je ne m'étais jamais lancée. J'avais un peu peur de lire une version littéraire d'Intouchables. Parce qu'avouons-le, le résumé fait vraiment penser au blockbuster français : une jeune femme au chômage depuis que le café dans lequel elle travaillait a fermé se voit "obligée" de s'occuper d'un tétraplégique grincheux et aigri par les tristes événements de sa vie.

Puis il y a quelques mois, j'ai appris qu'une version cinématographique allait voir le jour en juin. C'est cette sortie cinéma qui m'a donnée envie de me lancer (enfin !) dans ce roman : quand j'en ai l'occasion, je préfère toujours avoir lu le livre avant d'en voir l'adaptation. Et je n'ai absolument pas été déçue ! Louisa, une jeune femme très dynamique, un brin "fofolle" s'occupe quotidiennement de Will, un trentenaire tétraplégique suite à un terrible accident de la route. Will est acariâtre, irritable, blessant et parfois très impoli. Suite à une conversation entendue entre deux portes, Louisa va apprendre que Will veut mourir par euthanasie assistée et qu'elle a été engagée pour tenter de lui faire changer d'avis. 
S'en suit alors une magnifique histoire durant laquelle Louisa va tout faire pour rendre Will heureux, pour lui prouver que la vie vaut la peine d'être vécue. Entre sa sympathie envers le jeune homme et son sens moral qui, pour elle, lui souffle que l'euthanasie assistée revient à une complicité de meurtre, Louisa se remettra souvent en question et, au passage, permettra au lecteur de se poser de véritable question sur ce débat qui est actuellement au coeur de la santé publique en France (et dans d'autres pays du monde).

Chacun a son opinion sur la question, et j'ai bien évidemment la mienne. Evoluant dans une profession paramédicale, je sais qu'à l'issue de ma formation, je vais être confrontée à la souffrance profonde de certains patients ; qu'elle soit physique, psychologique ou les deux. Ce livre m'a permis de me poser des questions et d'y réfléchir plus profondément.
Je me suis très facilement attachée et identifiée à Louisa qui est un personnage optimiste, enthousiaste, qui a toujours envie de bien faire pour les autres, parfois au détriment de ses propres désirs. Will, quant à lui, a été franchement détestable pendant plus de la moitié du livre. Je lui en ai voulu d'agir de la sorte avec Louisa, mais finalement, à sa place, n'aurais-je pas été comme lui, voire pire ? Les personnages secondaires sont également très intéressants, notamment Nathan, l'infirmier qui s'occupe de Will.
Cependant, justement, j'ai été très irritée par la famille de Louisa. Pour faire bref, Louisa est en quelque sorte celle qui fait tourner la maison : sa soeur, jeune maman, ne travaille pas ; sa mère et son grand-père non plus ; et son père est aux portes du chômage. J'ai trouvé les réactions de ses proches parfois limites à propos du travail de Louisa qui est très bien payé. Mais malheureusement, cette situation reflète parfois la réalité de certains foyers...

Finalement, Avant toi est une très belle histoire, pleine d'optimisme. Vous riez, vous pleurez, mais surtout, ce roman vous marque. Il vous permet de vous poser de nombreuses questions sur des choses malheureusement encore taboues : le handicap, les conséquences psychologiques et sociales du handicap, l'euthanasie assistée et le regard des autres.
Une suite est parue il y a peu mais très sincèrement, ce roman se suffit à lui-même, et j'ai peur qu'en lisant le second tome, je sois déçue. De ce fait, je préfère rester sur cette très belle impression et garder au fond de moi toutes les choses que j'ai pu ressentir lors de ma lecture.


LE FILM

Les fans de Game of Thrones ont pu découvrir Emilia Clarke (alias Daenerys, la Khaleesi) dans un tout autre rôle, radicalement opposé à celui de la Mère des dragons. Pourtant, le rôle de Louisa lui va à merveille ! Dans cette adaptation d'Avant toi, le casting est très satisfaisant : Sam Claflin (Hunger Games) joue un Will quelque peu plus agréable et conciliant que le Will du livre ; Janet McTeer (Songcatcher) et Charles Dance (Game of Thrones, Le Joyau de la couronne) jouent les parents de Will ; et Matthew Lewis (Harry Potter) joue le petit ami accro au sport de Louisa.

L'adaptation est dans sa globalité très fidèle au roman ce qui est certainement dû au fait que Jojo Moyes, l'auteure, a co-produit la version cinématographique de son "bébé". Certaines répliques sont identiques mot à mot à celles du livre, et c'est une sorte de connivence qui s'installe alors entre le lecteur/spectateur et l'auteure. Dans son adaptation, Thea Sharrock apporte un peu plus d'humour que celui présent dans le livre, et c'est plutôt appréciable puisqu'ainsi, elle allège un peu l'atmosphère.
J'ai été littéralement scotchée par la performance d'Emilia Clarke : cette femme et son visage d'enfant attirent rapidement la sympathie du spectateur qui ne peut que tomber sous le charme. Elle rayonne et porte presque à elle seule le film qui est une réussite. La bande-son est également très belle et apporte un grand plus au film, notamment dans la sensibilité de certaines scènes.

Toutefois, puisqu'il faut toujours un "mais", je regrette que certaines scènes du livres aient été zappées au profit de scènes du film un peu trop longues par rapport à leur importance initiale. De même, la question du débat intérieur de Louisa à propos de l'euthanasie assistée est beaucoup moins présente que dans le roman de Jojo Moyes. Les sentiments des personnages sont mis au premier plan, un peu plus que dans le livre.
Mais ceci ne vient pas entraver ce très beau film.


FINALEMENT...

Vous l'aurez compris, j'ai été bouleversée par le livre, et j'ai trouvé l'adaptation cinématographique très bien faite, bien réalisée et bien jouée malgré quelques petits bémols. Je vous recommande aussi bien le livre que le film même si, comme d'habitude, je ne peux que vous conseiller de commencer par la version originale, c'est-à-dire le livre !

Avez-vous lu et/ou vu Avant toi ? Qu'en avez-vous pensé ?

mardi 8 septembre 2015

Du livre au film - #3

Après les adaptations cinématographiques de La Couleur des Sentiments et de Bel-Ami, je reviens aujourd'hui vous parler d'une oeuvre plus récente (tant d'un point de vue littéraire que cinématographique). Il s'agit de La Face cachée de Margo, du très connu et apprécié John Green.


LE LIVRE

Lorsque j'ai lu Nos Etoiles Contraires, j'ai ressenti de nombreuses choses très particulières et très contradictoires. Ces ressentis étaient bien évidemment dus à la très belle plume de John Green, à sa jolie manière d'écrire sur l'adolescence sans pour autant tomber dans les clichés, mais aussi au fait que j'avais vécu une histoire similaire. J'ai vu le film, et mon avis était conforté : John Green est un véritable artiste qui utilise les mots pour guérir les maux. De ce fait, je me suis dit qu'il fallait que je lise les autres oeuvres de cet auteur. La Face cachée de Margo, publié en France chez les éditions Gallimard Jeunesse (collection Scripto), est donc le deuxième roman de John Green que j'ai lu.

Dans ce roman initiatique sur la fin de l'adolescence, du lycée, et le début de la vie adulte, John Green met en scène Quentin (alias Q.), complètement obsédée par la jolie Margo Roth Spiegelman devenue sa voisine alors qu'il avait environ 7-8 ans. Petit à petit, cette amitié s'est effacée pour finalement devenir inexistante. Margo ignore totalement Q.
Mais un soir, Margo s'introduit dans la chambre de Q. et l'entraîne dans une expédition nocturne visant à se venger de quelques uns de ses "amis". Q. passe une nuit de folie, entre peur de se faire prendre et bonheur de pouvoir passer du temps avec Margo. Mais le lendemain, Margo ne retourne pas au lycée. Les jours suivants non plus. Q. va alors se lancer à sa recherche, à l'aide des indices que Margo a laissé derrière elle...

Malheureusement, je ne peux pas dire que LFCDM soit un coup de coeur. Comme pour NEC, c'est très bien écrit, le personnage de Q., le personnage principal, est extrêmement attachant et touchant par sa gentillesse, sa bienveillance et sa foi d'aller jusqu'au bout de ses envies, mais finalement... sans plus !
On peut dire que c'est un roman à deux vitesses, constitué de deux grandes parties : une première partie, celle de la nuit de vengeance ; et une seconde, celle de la recherche. J'ai adoré la première partie, très dynamique, drôle et jubilatoire (des idées de vengeances originales, à noter dans un coin de sa tête au cas où !). La seconde partie, un peu moins. Pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée durant cette partie-ci et j'avais de la peine pour Q. qui, encore une fois, est un garçon d'une sensibilité et d'une bienveillance impressionnantes. Et Margo m'a énervée... sincèrement ! Pour moi, cette fille est une gamine immature pourrie-gâtée et égoïste. Je ne sais pas si c'est ce que John Green voulait, mais en tout cas c'est ce que j'ai ressenti !
Quant à la fin... Je ne sais pas si je dois détester John Green d'avoir choisi une telle fin ou si je dois l'adorer de nous montrer que tout ne se passe pas toujours comme nous l'avons fantasmé... La fin est plutôt brutale, mais offre néanmoins à réfléchir.

"Margo a toujours adoré les mystères. Et la suite des événements n'a cessé de me prouver qu'elle les aimait tellement qu'elle en est devenue un."

Finalement, je ne sais pas si je conseillerais ce livre... Si vous aimez John Green et aimez son style et sa plume, pourquoi pas. Mais sinon, peut-être pas. Si l'histoire avait été la même écrite par un autre auteur, je pense que je l'aurais abandonnée en cours de lecture.
Cependant, comme je l'ai dit précédemment, la façon d'aborder l'adolescence est très habile et intelligente de la part de John Green. Loin du stéréotype de l'adolescence border-line, rebelle et nonchalante souvent décrite par de nombreux auteurs jeunesse (image d'ailleurs souvent relayée par les médias qui aiment stigmatiser une catégorie de personnes, que ce soit pour leur âge, leur religion et leurs habitudes de vie...), John Green, bien au contraire, nous montre que l'adolescent est un individu comme un adulte, juste qu'il a un peu moins d'expérience et se pose de nombreuses questions. C'est aussi un roman qui accompagne la fin d'une époque : celle du lycée. Je fais partie de ces quelques personnes très nostalgiques de leurs années lycée. Ce sont certainement les meilleures années que j'ai vécues jusqu'ici, et ça me manque souvent. LFCDM m'a permis de retrouver ceci !
Ce roman est une ode à la vie, aux années lycée, aux road-trips entre potes, aux premières bêtises, aux premières désillusions également !

Peut-être en attendais-je beaucoup trop, suite à mon coup de coeur pour Nos Etoiles Contraires ?


LE FILM

L'adaptation cinématographique de La Face cachée de Margo par Jake Schreier, était certainement un des films les plus attendus de l'année 2015. Pourquoi ? Déjà le fait que ce soit l'adaptation d'un livre de John Green, qui co-produit également le film ; parce que la sulfureuse, énigmatique et insaisissable Cara Delevingne joue Margo ; parce que John Green lui-même en parle constamment sur son compte Instagram et enfin parce qu'on connaissait déjà bien l'acteur qui joue Q., Nat Wolff, qui jouait également dans Nos Etoiles Contraires.

Je pense que c'est la première fois que ça m'arrive mais... J'ai préféré le film ! Je ne me suis ennuyée à aucun moment, contrairement au livre qui par moment était un peu longuet.
Nat Wolff était selon moi l'acteur parfait pour interpréter Q., et bien que je n'apprécie pas particulièrement Cara Delevingne (plus pour sa façon d'être que son travail), je dois admettre que le rôle de Margo lui convient tout à fait : ce côté "sauvage", insaisissable et mystérieux colle parfaitement à l'idée que je me faisais du personnage. J'ai beaucoup apprécié également la façon dont les personnages secondaires étaient interprétés : Justice Smith (Radar), Austin Abrams (Ben), Jaz Sinclair (Angela) et Halston Sage (Lacey) ont rendu cette adaptation très dynamique.

"Les gens sont si nombreux. Il est facile d'oublier que le monde est si plein de gens, plein à craquer. Chacun lisible, et régulièrement mal lu."

J'ai beaucoup apprécié l'aspect humoristique, beaucoup plus présent que dans l'oeuvre littéraire. Le film regroupe quelques moments savoureux et extrêmement drôles qui permettent de dédramatiser l'aspect quelque peu "drama" de l'histoire. Aucun moment n'était de trop et bien que des éléments ont été changés par rapport au livre, ce fut de bons changements qui apportaient de bonnes choses au film.
La fin a quant à elle totalement été remaniée. Ceux qui ont lu LFCDM ont certainement été surpris par la manière dont le film se termine. Pour ma part, je le savais car j'avais déjà lu des critiques avant d'aller le voir fin août, mais j'ai été agréablement surprise par cette prise de liberté du réalisateur (mais aussi de John Green puisqu'il co-produit le film) qui clôt son oeuvre sur une note peut-être plus optimiste, bien moins grave, qui amène encore plus à réfléchir que la fin initiale.


FINALEMENT...

Finalement, je pense que le film est une bien meilleure réussite que le livre. A voir en VO, pour savourer au mieux les dialogues et le côté ironique de certaines répliques. Cependant, je ne comprends vraiment pas la traduction du titre... En VO, le livre comme le film se nomment Paper Towns, titre qui a une très grande importance dans l'histoire et son impact. La traduction française La Face cachée de Margo me semble bien trop lisse, trop "roman pour ado".

Petit plus dans le film : la brève apparition d'Ansel Elgort (alias Augustus Waters, dans Nos Etoiles Contraires). Petit clin d'oeil très sympa !
Je vous conseille le film qui est une jolie histoire, un bon moment de divertissement. Cependant, si vous n'avez pas lu le livre auparavant, pas d'affolement : ce n'est pas une si grosse perte que cela, finalement.
Quoi qu'il en soit, quoi que vous décidiez de faire, je vous souhaite une bonne lecture, un bon film, ou les deux !

Avez-vous lu ou vu La Face cachée de Margo ? Qu'en avez-vous pensé ?

vendredi 3 juillet 2015

Du livre au film - #2

Ilustration Le Horla, en hommage à l'auteur dont je vais vous parler aujourd'hui : Maupassant
Il y a un mois, je vous donnais mon avis sur l'adaptation cinématographique par Tate Taylor du roman La Couleur des Sentiments, écrit par Kathryn Stockett. Vous pouvez d'ailleurs (re)lire cet article ICI.
Aujourd'hui, je viens pour le #2 de la rubrique Du livre au film pour vous parler de Bel-Ami de Maupassant, adapté au cinéma en 2012 par Declan Donnellan.

LE LIVRE

Comme je vous le disais dans mon dernier numéro de 7 semaines, plusieurs livres (à relire ICI), malgré mon goût pour la littérature, je n'avais jamais lu le grand classique qu'est Bel-Ami de Guy de Maupassant : je l'ai lu il y a tout juste quelques semaines. Et actuellement, je crois que je pourrais m'auto-flageller pour avoir fait cette erreur : Bel-Ami est un classique fantastique, très intéressant et moderne.

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas l'histoire de ce roman, Maupassant nous embarque pour suivre les périples d'un jeune homme parisien d'origine normande, Georges Duroy, qui aspire au prestige, à l'argent, aux femmes et à la reconnaissance. En effet, Duroy entre dans le "beau monde" en écrivant une chronique régulière, il me semble qu'elle est hebdomadaire, pour le journal La Vie française. Cependant, distrait par son grand goût des femmes, Georges Duroy est un flambeur qui aime vivre au jour-le-jour ; philosophie de vie qui lui jouera régulièrement des tours.

J'ai adoré ce roman, notamment grâce à la modernité du sujet abordé, bien que le roman date de 1885. Bien que ses phrases soient évidemment belles et soutenues, Maupassant parvient à capter l'attention de n'importe quel lecteur : quelle que soit l'époque, Bel-Ami traverse les générations, quel que soit votre niveau de lecture. Je parlais précédemment de modernité, car Maupassant brosse avec cynisme le portrait d'un homme ambitieux, avide de gratitude et qui ne souhaite qu'une chose : être en haut de l'échelle sociale et posséder tout ce qui l'attire. D'ailleurs, on se rend vite compte que Bel-Ami est finalement un éternel satisfait qui se lasse extrêmement vite des choses qu'il arrive enfin à posséder. L'idée de l'ascension sociale est omniprésente dans ce roman, et cette ascension sociale est contemporaine de chaque époque. Nous connaissons toutes et tous au moins une personne de notre entourage qui ressemble plus ou moins à Georges Duroy.

J'ai également beaucoup aimé la façon dont le monde du journalisme est traité. Lui-même journaliste, Maupassant connaissait sur le bout des doigts ce milieu. Il en connaissait les aspects nobles, mais aussi les aspects plus sombres : la nécessité de toujours écrire, rapidement et efficacement, pour pouvoir toucher un salaire ; les quelques journalistes "mal-honnêtes" qui écrivaient sur des faux faits ou n'écrivaient pas leurs billets eux-mêmes.
Enfin, j'ai aimé également la place très importante qu'occupent les femmes dans ce roman. En effet, malgré beaucoup de phrases peu tendres à leur égard, Maupassant montre que dans la haute société, les femmes occupaient une place primordiale, notamment dans les relations professionnelles et sociales.

Finalement, Guy de Maupassant est un auteur indémodable dont le roman est une pépite à avoir lu au moins une fois. Bel-Ami offre une palette de personnages très différents les uns les autres, propres au XIXème siècle, mais dont les caractères sont finalement très actuels. J'ai été largement dupée et charmée par les stratèges du beau et fascinant Georges Duroy, mais malgré ses actes parfois ignobles et son côté tête à claques, j'ai eu du mal à le détester... Preuve que Maupassant est extrêmement doué ! Je conseille chaleureusement Bel-Ami à toutes et à tous : en plus d'être divertissant, ce roman est drôle, touchant et donne l'occasion de connaître Paris sous un nouveau jour.

LE FILM

De nombreuses adaptations de Bel-Ami existent : celle de 1919 d'Augusto Genina (Italie), celle de 1939 de Willi Forst (Allemagne) ou celle de 1955 de Louis Daquin (France). Aujourd'hui, j'ai voulu vous parler de la plus récente adaptation, celle de 2012, de Declan Donnellan.
Cette adaptation dure 1h43 et fait appel à un casting plutôt prestigieux : Robert Pattinson (George Duroy), Uma Thurman (Madeleine Forestier), Kristin Scott Thomas (Virginie Rousset), Christina Ricci (Clotilde de Marelle), etc.
Malheureusement, je dois avouer que malgré ce très beau casting et les magnifiques costumes, j'ai été profondément déçue par cette adaptation cinématographique. Plus que déçue, en fait je n'ai pas du tout aimé.

Commençons d'ailleurs par les points positifs. Comme dit précédemment, j'ai trouvé les costumes et les décors magnifiques. La fin du XIXème siècle est une époque qui, sur les plans historique et social m'intéressent tout particulièrement, et j'ai adoré pouvoir voir de mes propres yeux le charme d'antan de Paris.
Ensuite, j'ai été agréablement surprise par le jeu de Robert Pattinson. Comme beaucoup d'entre nous, j'ai été habituée à le voir dans des films "pour ados/jeunes adultes" : Cedric Diggory dans Harry Potter ou Edward Cullen dans Twilight. Je dois avouer qu'au début, envahie par les clichés, je me suis dit que Robert Pattinson ne pouvait pas avoir les épaules pour supporter un tel rôle. Je me suis bien trompée, car je l'ai vraiment trouvé fantastique ; son physique "gendre idéal" colle tout à fait à l'image que je me faisais de George Duroy, son petit sourire en coin est en adéquation totale avec le caractère du personnage, etc. Mais malheureusement, les décors, les costumes et le jeu de Robert Pattinson étaient les seuls aspects positifs trouvés à ce film.

Tout d'abord, de nombreux passages qui me semblaient vraiment importants ont été évincés. Cela ne rendait pas le film incompréhensible aux personnes qui n'ont pas lu le roman, mais je pense que ceci a largement altéré la qualité et les détails de l'histoire. La psychologie du personnage de Georges Duroy a été bâclée. Dans le film, on en arrive très vite à le haïr, plus ou moins selon la réceptivité du spectateur, alors qu'avec Maupassant, on est berné et manipulé par le personnage. Le réalisateur a immédiatement rendu Duroy hostile et vil, c'est vraiment, vraiment dommage. Si la chronologie des grandes lignes du livre est respectée, certains détails ont été complètement déplacés dans le film ; par exemple, on apprend très vite pourquoi Georges Duroy est surnommé Bel-Ami, alors qu'avec Maupassant, on l'apprend plutôt tardivement, vers la moitié du film environ.
Ensuite, j'ai trouvé les personnages caricaturaux, leurs traits de caractères étaient poussés à l'extrême : l'image légère de la femme est un peu trop mise en avant, et ça me gène fortement, car je ne suis pas sûre que Maupassant ait voulu que ce soit ce que l'on retienne en premier de son roman.

Enfin, dernier point négatif, et non des moindres, j'ai trouvé le film parfois trop trash pour une adaptation cinématographique de classique. Oui, évidemment, Maupassant décrit quelques scènes de lit, mais rien de spécialement détaillé. Ce qui, sous la plume de Maupassant était élégant, poétique et joli et devenu dans le film à la limite du vulgaire. C'est dommage.

FINALEMENT...

Vous l'aurez compris, je ne vous conseille pas cette adaptation cinématographique : clichée et bâclée, elle ne vaut pas spécialement la peine d'être vue si vous avez apprécié le livre. Cependant, il faudrait voir du côté des personnes qui n'ont jamais lu Bel-Ami : peut-être que, en plongeant dans l'inconnu, cette adaptation n'est pas si mauvaise, mais ayant adoré le roman, je suis déçue et presque en colère de voir ce qu'en a fait Declan Donnellan.
Le roman est selon moi un véritable incontournable de la littérature classique !

Avez-vous lu Bel-Ami ? Qu'en avez-vous pensé ?

mercredi 3 juin 2015

Du livre au film - #1

Bonjour, bonsoir ! Je vous avais parlé récemment de mon souhait d'ouvrir une nouvelle rubrique dans laquelle je ferai une comparaison entre un livre et son adaptation cinématographique, puisque je suis une dévoreuse de livres et une grande amatrice de cinéma. Les quelques retours quant à cette idée ont été, dans la majeur partie, positifs. De ce fait, je commence dès aujourd'hui cette nouvelle rubrique qui s'appellera, sans aucune originalité, Du livre au film. (Avec pour ce #1, une illustration-référence à ces univers que j'aime)

Pour ce premier volet, j'aurais pu choisir de véritables monuments de la littérature et du cinéma, tels que Le Seigneur des Anneaux, par exemple. J'y viendrai bien évidemment à un moment ou un autre, mais je suppose que vous avez déjà lu des centaines d'avis concernant cette oeuvre. Et bien que je sois une grande admiratrice de Tolkien, je préfère commencer avec un autre ouvrage : La Couleur des sentiments (The Help, en version originale), de Kathryn Stockett.


LE LIVRE

En 2009, La Couleur des sentiments est le premier livre que publie Kathryn Stockett, auteure américaine aujourd'hui âgée de 49 ans. En environ 500 pages, Stockett nous replonge dans l'Amérique profonde de 1962 : on suit Aibileen, une bonne employée chez une riche famille de blancs après le renvoi de son amie Minny à la langue bien pendue et l'insolence assumée. Mais au sein de cette famille, Aibileen va se lier d'amitié avec Skeeter Phelan, jeune bourgeoise.

En France, La Couleur des sentiments est disponible chez les éditeurs Jacqueline Chambon (en relié) et chez Actes Sud (en broché). Je partage avec vous le résumé de chez Actes Sud : "Jackson, Mississippi, 1962. Dans quelques mois, Martin Luther King marchera sur Washington pour défendre les droits civiques. Mais dans le Sud, toutes les familles blanches ont encore une bonne noire, qui a le droit de s'occuper des enfants mais pas d'utiliser les toilettes de la maison. Quand deux domestiques, aidées par une journaliste, décident de raconter leur vie au service des Blancs dans un livre, elles ne se doutent pas que la petite histoire s'apprête à rejoindre la grande, et que leur vie ne sera plus jamais la même. Grand prix des lectrices de Elle 2011 et prix des lycéennes de Elle 2011."

Ce livre ne peut, et ne doit, laisser personne indifférent. Tout d'abord car ce que relate ici Kathryn Stockett est réel, bien qu'elle ait totalement inventé les personnages. La ségrégation est certainement une des époques les plus sombres (la plus sombre ?) de l'Histoire des Etats-Unis. Les années 1960 étaient marquées par une période de racisme intolérable durant laquelle votre couleur de peau dictait votre fonction sociale, quels objets vous aviez le droit de toucher et de ne pas toucher, quels lieux vous aviez le droit de fréquenter ou de ne pas fréquenter, etc. De nos jours, cela nous semble inconcevable, mais il suffit de se dire que les années 60, ce n'était il n'y a pas si longtemps que ça. Rendez-vous compte qu'il y a à peine un demi-siècle, vous pouviez vous faire abattre en pleine rue sous prétexte d'avoir été épinglé "gens de couleur" ? Venant d'un pays qui, depuis sa création, n'a de cesse de donner des leçons au monde entier, je trouve cela cruellement cynique et ironique ; mais passons.

Outre le sujet et le contexte socio-historique, on est forcément frappé par le ton d'écriture en lisant ce roman. Malgré un thème particulièrement révoltant, Kathryn Stockett parvient à nous faire rire. Je pense notamment au fameux passage de la "chose abominable épouvantable" dont les personnes qui ont lu/vu La Couleur des Sentiments se souviennent forcément !
On rit des réactions de certaines "bonnes" (oui, ça me gène d'écrire ce thème), notamment de Minny qui est un personnage dont l'insolence, l'insoumission, et donc d'une certaine manière le cran et le courage, nous partagent entre sourire et admiration. Nous connaissons toutes et tous l'exemple de Rosa Parks qui devient, en décembre 1955, un symbole de la lutte contre la ségrégation raciale, mais connaissons-nous tous les cas de rébellion dans les petites villes reculées du fin-fond des Etats-Unis ?
La Couleur des Sentiments est, en plus d'un hommage aux rébellions lors de la ségrégation raciale, un portrait fortement sarcastique des riches familles américaines des années 60 : alors qu'elles exploitent les femmes noires, mais aussi les hommes, ne l'oublions pas, elles s'efforcent de récolter des fonds pour des aides humanitaires en Afrique... Cherchez l'erreur !

Cependant, rassurez-vous, ce livre n'est pas un simple essai manichéen dans le style "les blancs sont les méchants, les noirs les gentils", puisque Stockett a inventé une sublime histoire d'amitié entre Aibileen et Skeeter. Derrière le portrait de cette cruauté se cache une belle histoire.
Un livre magistral qui pourrait être étudié en cours d'Anglais, en plus des discours de Martin Luther King ou des actions de Malcolm X.


LE FILM

L'adaptation cinématographique de La Couleur des Sentiments (ou The Help) s'est faite très rapidement après sa sortie littéraire : Tate Taylor, d'ailleurs originaire du Mississippi, sort en 2011 son adaptation de 2h26 avec notamment Viola Davis (Aibileen Clark), Emma Stone (Skeeter Phelan), Jessica Chastain (Celia) et Octavia Spencer (Minny Jackson).

Je ne compte pas vous faire languir longtemps quant à mon avis sur ce film : je l'ai trouvé très réussi. On pleure, on rit, exactement comme avec le roman. Tate Taylor a réussi à retranscrire à merveille les ambiances du livre, tout en y ajoutant un dynamisme supplémentaire. Le casting est exemplaire, notamment Viola Davis (Aibileen) dont la performance était à couper le souffle. Le film a d'ailleurs reçu 9 récompenses et avait été nommé dans 27 catégories, entre autres aux Oscars 2012, au Festival du cinéma américain de Deauville en 2011 ou encore aux Golden Globes 2012.

L'ambiance créée, tant par les décors, les costumes ou la musique, était exactement celle que j'imaginais en lisant le roman. Cependant, je pourrais déplorer quelques évictions de passages savoureux (tant sur l'émotion que le message) ou encore quelques passages un peu édulcorés par rapport à leurs homologues littéraires. Je pense notamment au passage où le Ku Klux Klan vient faire un "petit tour" à Jackson, Mississippi. La scène était bien présente dans le film, mais je l'ai trouvée bien moins effrayante et frappante que dans la version littéraire.
Tate Taylor a certainement voulu, à mon sens, rendre le film un peu plus "grand public", en délaissant quelques passages jugés choquants, ou en les édulcorant.


FINALEMENT...

Vous l'avez sûrement compris en me lisant, je suis tombée sous le charme de cette oeuvre qui est selon moi un livre à avoir absolument lu si l'on s'intéresse à l'Histoire des Etats-Unis, ou l'Histoire en général. Il est un devoir de connaître cette période et les actes déplorables des "citoyens américains", aussi sombres soient-ils. Evidemment, de très nombreux éléments de fiction ont été ajoutés, mais la toile de fond est, quant à elle, tristement réelle. Ce livre ne peut laisser personne indifférent, et lorsqu'on le ferme, son histoire vous suit encore pendant un sacré bout de temps.
Le film en est une très bonne adaptation malgré quelques omissions importantes dans le message que voulait faire passer l'auteure.


Avez-vous lu ou vu La Couleur des sentiments ? Qu'en avez-vous pensé ?
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