Mais ce sixième livre est quelque peu particulier. Si dans la plupart de ses livres Mathias Malzieu distille quelques éléments de sa personnalité et de ses expériences vécues, ce Journal d'un Vampire en Pyjama est un récit jour après jour du combat qu'il a dû mener contre une maladie aussi rare que grave : l'aplasie médullaire.
Pour faire bref et sans utiliser trop de gros mots scientifiques, l'aplasie médullaire est un dysfonctionnement de la moelle osseuse rouge qui produit les cellulaire sanguines, notamment les globules rouges et les cellules immunitaires. Cellules nécessaires au fonctionnement de l'organisme, à l'oxygénation de chaque parcelle du corps et surtout, au fait que chaque individu survit aux microbes, virus et bactéries de la vie quotidienne. C'est une maladie grave mais surtout qui n'a pas de réelle cause et peut arriver à n'importe quel moment de la vie.
"Des enfants me demandent de signer leur affiche, ils touchent, éternuent, sourient, veulent des photos et des bisous. Je ne connais pas de façon plus fabuleusement douce de risquer sa vie."
Et ce calvaire arrive au moment où Mathias Malzieu a plus que jamais besoin de sa vivacité et de son étincelle légendaires : son film-bébé Jack et la Mécanique du Coeur, ce film sur lequel il bosse depuis tant d'années, est sur le point d'être dévoilé au public, et il doit, avec le reste de l'équipe, en assurer la promotion.
C'est donc ça, Journal d'un Vampire en Pyjama : l'histoire, au jour le jour ou presque, d'un homme qui partage ses journées entre interviews et "shoots" de transfusions sanguines ; entre chambre stérile et l'envie de rentrer chez lui pour retrouver la femme qu'il aime tant : Rosy.
Dans Journal d'un Vampire en Pyjama, Mathias Malzieu se livre à son lecteur sans fard, sans faux-semblants. Et c'est beau, incroyablement beau. C'est un récit doux, triste, émouvant et drôle à la fois. Ma lecture était parfois difficile : il est difficile de "voir" une personne qu'on admire souffrir et se battre de la sorte.
Mathias Malzieu nous décrit le parcours du combattant qu'est l'affrontement du maladie, mais aussi l'ombre qui plane au-dessus d'une personne gravement malade : cette fameuse Dame Oclès qui est venue l'embêter à maintes reprises. Cette femme, sans foi ni loi, qui venait le faire douter mais qui, en quelque sorte, a exacerbé sa volonté de se battre. Le récit de Malzieu est toujours juste et ne tombe jamais dans le pathos, l'apitoiement sur soi.
"On vous vole beaucoup de choses lorsque vous entrez dans une chambre stérile. La liberté, l'intimité, les cheveux parfois. Mais ne pas avoir à porter toute la journée le pyjama de bagnard fatigué aide à résister à la désappropriation de soi"
Mais malgré l'application qu'a Mathias Malzieu à écrire sans dramatisme, j'ai pleuré plusieurs fois pendant ma lecture. J'ai pleuré puisque, comme dit plus haut, c'est assez difficile d'assister, impuissante, au récit de ce qu'il a vécu. J'ai aussi pleuré face à quelques passages que je trouvais, malgré eux, touchants et beaux. Oui, j'ai pleuré face à la beauté du verbe.
Ce qui est magique avec Mathias Malzieu, c'est cette faculté à écrire de manière si belle et si imagée sans aucun effort. Quand Malzieu écrit, on est loin des grandes phrases avec des mots grandiloquents. Non. Mathias Malzieu écrit simplement mais avec une plume particulièrement jolie et émouvante. C'est si fluide, qu'on pourrait penser qu'il écrit comme il respire : sans réfléchir, tout naturellement.
Journal d'un Vampire en Pyjama est également une belle peinture de l'univers hospitalier, médical et scientifique avec, en prime, un bel hommage aux infirmières, qu'il appelle souvent les nymphirmière, et à toutes les personnes qui ne l'ont pas abandonné malgré cette épreuve. Ces infirmières qu'il faisait rire souvent, par ses phrases imagées et son humour si singulier et délicat.
Comme il le dit dès les premières pages : "Faire le con poétiquement est un métier formidable". C'est ce qu'est Mathias Malzieu : un trublion poétique et tendre.
"Les infirmières portent des armoires à glace émotionnelles sur leur dos en souriant. Ce sont les grandes déménageuses de l'espoir. A elles la lourde tâche de diffuser quelques bribes de lumière aux quatre coins de l'enfer, là où les anges perdus font du stop à main nue. Comme avec les médicaments, elles doivent en ajuster constamment le dosage. Elles sont cigognes-mamans-nymphes-filles. Elles gagnent à être (re)connues."
Lorsque j'ai eu le livre en ma possession, j'ai voulu faire durer ma lecture le plus longtemps possible, ne pas le lire trop vite malgré la vitesse incroyable à laquelle je tournais les pages. Vous savez, il y a ces pâtisseries que vous dégustez avec une lenteur et une délectation presque coupable. Les livres de Mathias Malzieu sont finalement des pâtisseries fines qui, en plus d'apporter un plaisir immédiat, laissent une trace indélébile dans votre esprit et votre coeur.
Sait-on jamais : si vous passez par ici, Monsieur Malzieu, merci de faire battre la mécanique de mon coeur à chacune de vos phrases de chacun de vos romans.


.jpg)


