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samedi 21 septembre 2013

Le rugby féminin en crise

La Fédération Française de Rugby (FFR) compte environ 450.000 licenciés sur le territoire, dont 12.000 femmes, soit même pas 3%. Depuis la Coupe du Monde 2007, organisée en France, le nombre de femmes licenciées est de plus en plus important, mais cette augmentation reste cependant relativement lente et faible si on la compare aux autres sports, notamment le basket, où 40% des licences étaient féminines !

Pour reprendre l’exemple des autres sports, le rugby est certainement celui qui se développe le moins vite en faveur des femmes. En effet, ces demoiselles jouent officiellement avec la balle ovale depuis seulement les années 1970 (prenons pour note que le rugby a vu le jour à la fin du XIXème siècle). Il n’est évidemment pas nécessaire de préciser que leur pratique était très mal vue par leurs collègues masculins.
De nombreuses décennies après, en 2013, on peut dire que les mentalités n’ont pas beaucoup plus évolué. Le rugby féminin est toujours méconnu du grand public, sa médiatisation est inexistante, et les regards extérieurs, notamment ceux des hommes, ne sont pas toujours bienveillants. Actuellement, premier point d’inégalité avec le rugby masculin, le professionnalisme n’existe pas chez les femmes, de quoi en faire bondir plus d’une qui pourtant, s’investissent énormément !

Tout comme chez les garçons, il existe plusieurs championnats, dont notamment le Top 10 (équivalent du Top 14, le professionnalisme en moins) qui réunit les 10 clubs de l’élite rugbystique féminine.
Jusqu’ici, malgré une large exaspération de la part des pro-rugby féminin, tout allait bien, ou presque. Mais il y a peu, la FFR a annoncé les réformes futures (pour la saison prochaine) qui vont bouleverser le Top 10 qui deviendra le… Top 8 ! On peut facilement en déduire que cette saison 2013/2014 est une saison de transition, une sorte de saison « trou ». La FFR a d’ailleurs également d’ores et déjà mis en place des changements. Explications !

Pour cette saison 2013 / 2014 :
Le Top 10 était jusqu’ici joué tout à fait normalement, c’est-à-dire qu’une équipe jouait 9 matches en phase aller, et 9 matches en phase retour, avant de passer (ou non), les phases finales. Pour cette année, la FFR a décidé de séparer ce Top 10 en deux poules de 5 équipes dont voici la composition.

* Poule 1 *
Montpellier
Caen
Perpignan
AC Bobigny 93 
Stade Bordelais

* Poule 2 *
Lille Métropole RC
Lons
Stade Rennais
Blagnac-Saint-Orens
La Valette-du-Var

Pour la saison prochaine, 2014 / 2015 :
Le Top 10 passe au Top 8 ! Deux clubs seront donc, selon leur classement, évincés de ce championnat d’élite. Les phases régulières seraient donc finalement très courtes et de nombreuses joueuses qui se donnent corps et âme au rugby ne joueraient même pas 6 mois de l’année (de septembre à janvier). Un scandale pour la plupart des dirigeants des clubs féminins.

Suite à ces annonces, le web s’enflamme et de nombreuses pétitions circulent sur la toile : la FFR est en train d’assassiner peu à peu le rugby féminin. L’indignation, que ce soit dans le milieu (entraineurs, joueuses, staff) ou chez les amateurs, s’est installée, et la FFR est prise en grippe par les spectateurs, qu’ils soient féminins ou masculins. En effet, certains grands noms du rugby français, comme Marc Lièvremont, pour ne citer que lui, se sont indignés de ces décisions de la FFR et ont fait savoir leur avis grâce à des interviews ou des pétitions.
D’un point de vue strictement personnel, je pense que la FFR est en train de tuer à petits feux la pratique féminine. Avec de tels modes de pensées (notamment auprès des supporters masculins) et de tels remaniements, le rugby féminin ne connaîtra jamais la consécration qu’il mérite pourtant.
Si ça vous intéresse, j'avais eu l'occasion d'interview la capitaine des Bleues, Marie-Alice Yahé, il y a 2-3 ans, dans laquelle elle exprimait son ressenti quant à la place du rugby féminin au sein du sport français. Vous pouvez (re)découvrir l'interview ICI.

Je vous propose maintenant de découvrir ce que Jérémy Hierso, entraîneur de l’équipe féminine du Stade Bordelais, actuellement en Top 10, pense de ces réformes.
L’interview a été réalisée par mail dans la semaine du 16 septembre.

ARIANE PADAWAN : Depuis combien de temps la Fédération Française de Rugby vous a-t-elle prévenu des modifications du Top 10 ?
JEREMY HIERSO : Les clubs ont été prévenus à la fin du mois de juin à l’assemblée générale de la fédération.
Ensuite les clubs ont échangé tout l’été pour essayer de changer la formule du championnat.
La FFR a reçu les clubs le 26 août mais elle a toujours dit que la formule ne changerait pas parce qu’elle avait été votée en comité directeur.

AP : Êtes-vous favorable à la transformation du Top 10 en Top 8 ? Pourquoi ?
JH : Je suis favorable à un changement de formule parce que le calendrier n’est plus adapté aux échéances internationales. L’an dernier, pendant les phases finales des clubs, avait lieu le championnat d’Europe à 7. Les joueuses étaient donc coincées entre l’envie de vivre des phases finales avec leurs partenaires de club et la fierté de représenter la France dans une compétition internationale.
Pour la formule j’aurai préféré augmenter le nombre d’équipe avec deux poules de 6, mais la poule unique de 8 resserre l’élite. Cela garantit un minimum de 14 matchs à XV sur la saison et jusqu’à 17 pour les finalistes. L’Angleterre fonctionne en top 8 et cela leur réussit plutôt bien vu que cela fait 7 tournois des six nations qu’elles remportent de suite dont 6 grands Chelem.

AP : Ces annonces brutales modifient-elles votre manière de travailler pour cette saison et la suivante ?
JH : Non, cela ne modifie pas fondamentalement notre manière de travailler. La volonté du club est de faire évoluer toutes les joueuses et de leur permettre d’atteindre leur meilleur niveau. C’est la philosophie que l’on s’est fixé depuis mon arrivée et elle reste la même avec le changement de championnat. Nous allons avoir moins de temps et on n’aura pas trop le droit à l’erreur si on veut se maintenir.

AP : Vos objectifs finaux ont-ils changé suite à cette annonce des modifications ?
JH : L’objectif reste le maintien pour les deux équipes, se classer dans les quatre premiers de la poule pour rester dans le top 8 français. C’est notre deuxième saison dans l’élite et nous avons beaucoup appris et progressé l’an dernier, il faut rester dans cette dynamique. Sur un top 10 en poule unique, on a plus de matchs et donc plus de temps, on peut essayer une jeune avec du potentiel plus facilement. C’est une année de transition et il faut tout faire pour rester  en top 8.

Photo de Lise Anhoury.
AP : Quel regard portez-vous sur le rugby féminin, sur son avenir, son manque de médiatisation, etc... ?
JH : Le rugby féminin est passionnant parce que ce n’est pas commun pour une femme de jouer au rugby. Cela lui donne une motivation supplémentaire pour montrer à son entourage mais aussi aux sceptiques qu’elles méritent leur place sur un terrain de rugby. Elles s’engagent donc pleinement dans l’activité et c’est un plaisir pour un entraîneur d’avoir des demoiselles qui sont motivées et à l’écoute.
Elles jouent pour le plaisir de jouer, il n’y a pas d’argent et on retrouve le rugby amateur des garçons des années 80 avec la volonté de se dépasser et de tout donner pour vivre une aventure humaine, sur et en dehors du terrain. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas compétitrices, bien au contraire, mais quel que soit le résultat on va passer du bon temps ensemble parce que cela ne reste que du rugby.
Le rugby professionnel est indispensable au développement de la pratique et c’est un spectacle de qualité qu’il faut maintenir.
Pour l’avenir des filles au plus haut niveau il faudra faire évoluer le statut des joueuses pour rivaliser dans les compétitions internationales et bientôt les Jeux Olympiques. Pour l’instant elles s’entraînent tous les jours mais cela ne suffira pas.
Le sport féminin est très peu médiatisé, les ministères des sports et celui des droits des femmes travaillent pour changer les choses mais c’est très long il y a toujours beaucoup de freins. Il faut continuer d’espérer et suivre le chemin des sportives qui portent haut les couleurs de la France comme les « braqueuses », les judokates, ou les nageuses aux derniers jeux.

AP : Pensez-vous qu'avec ces modifications de la FFR le regard porté sur le rugby féminin va changer ?
JH : Je ne pense pas, les passionné(e)s seront toujours là et les personnes qui découvrent cette pratique au hasard d’une rencontre sont presque toujours séduits par le rugby féminin. Ils continueront à l’être. Le positif de la réforme est que la presse s’est un peu intéressée aux féminines.


Un immense merci à Jérémy Hierso qui a gentiment accepté de répondre à mes questions et qui m’a ainsi permis de mieux cerner le problème, et surtout, de comprendre les avis ressentis au sein des clubs qui, finalement, sont ceux qui sont le plus concernés. Ce billet sur le rugby féminin me tenait énormément à cœur, puisque je milite pour le développement du rugby féminin en France et que, d’un point de vue strictement personnel, je suis outrée des décisions prises par la FFR.

dimanche 25 novembre 2012

Rugby féminin : France / USA

France / USA
27 - 3
Les filles s’imposent avec brio au Stade de France

 
Nous savons très bien qu’hier après-midi (samedi 24 novembre), les Bleus ont clôt leur série de test-matches. Certes. Mais ce que nous savons moins, c’est que les BleuEs ont elles aussi joué hier après-midi en match d’ouverture du XV de France.

Elles se sont imposées face aux Américaines 27 à 3 grâce à 3 essais, autant transformés, et 2 pénalités. L’Équipe des USA a quant à elle marqué qu’une pénalité.
Malgré une entame de match très difficile, les Bleues ont vite retrouvé leur niveau de base qui s’avère être excellent !
 
Compo du XV de France féminin : Parra, Guiglion, Godiveau, Metier, Grassineau, Bailon, Yahé (cap), N’Diaye, Diallo, Koïta, De Nadaï, Chobet, Salles, Ezanno.
Remplaçantes : Mignot, Vernhet, Portaries, Rabier, André, Heguy, Trémoulière, Camoin.

Compo du XV des USA : Rozier, Moreno, Bizer, Daniels, Kmiecik, Anderson, White, Daley, Kugler, Turley, Blaney, Bridges, Burke (cap), Wagner, Chobot.
Remplaçantes : Augustyn, Reddick, Wilson, Miesner, Denham, Lui, Stolba, Griffith.

Le Tournoi des VI Nations reprendra en février (chez les filles comme chez les garçons), et j’espère sincèrement que le service publique pourra retranscrire quelques matches, au moins le Crunch.
Je suis déçue et franchement en colère que le rugby féminin n’ait pas la médiatisation et le succès qu’il mérite.

>> Pour celles et ceux que ça intéresse, j’avais interviewé il y a un peu plus d’un an la capitaine et demi de mêlée du XV de France féminin, Marie-Alice Yahé, une personne d'une gentillesse incroyable. Pour lire cette interview, cliquez ICI.

Aucune photo disponible, si vous arrivez à en trouver, n'hésitez pas à m'avertir par commentaire ou par e-mail. Merci beaucoup !

dimanche 11 novembre 2012

Pink Rockets - XV Crépynois : 79-0

L'équipe féminine du Stade Français Paris affrontait cet après-midi le XV Crépinois dans le Championnat de France féminin de Fédérale 3.

Les Pinks se sont largement imposées 79-0 grâce à 13 essais et 7 transformations. Le club est toujours invaincu et 1er de sa poule. Bravo les filles !
N'hésitez pas à suivre les filles du SFP sur leur compte twitter en cliquant ICI.

Les photos de l'échauffement et du match, prises par mes soins :







































Merci les filles !!!

Crédit photos : Ariane Piot.

lundi 7 mai 2012

Journée de détections au Stade Français Féminin !

J'en avais parlé ICI, mais malheureusement, je n'étais pas en capacité de vous donner des informations plus précises. Mais hier, un communiqué de presse a été publié sur le site Stade-Francais-Asso, je vous fais donc parvenir, comme promis, ce communiqué !
* Manager : Virginie Duport
* Entaîneurs : Georges Coudane - Fabrice Cueille - François Jover
* Ostéopathe : Caroline Ledain
       
SENIORS FEMININES
Vous avez plus de 18 ans et déjà quelques années de rugby derrière vous. Vous souhaitez rejoindre un Club de premier plan et participer à l’aventure de l’Equipe Première Féminine en vue de son accession à la division supérieure.
Le Stade Français Paris peut répondre à vos attentes.
Une journée de détection est organisée en vue de renforcer son équipe actuelle, le dimanche 13 mai 2012 à partir de 14h30 au 129, avenue de la Celle Saint Cloud, à VAUCRESSON (92).
Si vous voulez participer à cette aventure merci de vous pré-inscrire sur :
Il vous sera adressé, en retour, un questionnaire que vous devrez IMPERATIVEMENT amener avec vous le jour de la détection.

CADETTES
Vous avez de 16 à 17 ans, vous avez déjà pratiqué le rugby dans le milieu scolaire, universitaire, ou non, et vous souhaitez rejoindre un Club de renom ; le Stade Français Paris peut vous accueillir.
Une journée de détection est organisée pour vous, le dimanche 13 mai 2012 à partir de 09h30 au 129, avenue de la Celle Saint Cloud, à VAUCRESSON (92).
Si vous voulez participer à cette aventure merci de vous pré-inscrire sur :
Il vous sera adressé, en retour, un questionnaire, que vous devrez IMPERATIVEMENT amener avec vous le jour de la détection.

A très bientôt nous l'espérons.
Le STAFF Technique Féminin

Horaires et entrainements au Haras Lupin (92) : le mardi et le vendredi de 19h30 à 21h30.

N'hésitez pas à vous pré-inscrire, les filles !!

Crédit photo : Stade-Francais-Asso.

mardi 27 mars 2012

ARCHIVE JUIN 2011 : Interview de Marie-Alice Yahé

Ceux avec qui je communique depuis un certain temps le savent : l’année dernière (juin 2011), j’ai effectué, dans le cadre de mon année de Seconde, un stage au service Sports du quotidien national L’Humanité. Lors de ce stage, qui fût très gratifiant et enrichissant : les personnes avec qui j'ai travaillé m'ont appris de nombreuses choses. J’ai eu l’occasion de rédiger quelques papiers, mais aussi d’effectuer quelques interviews. La veille du début de ma semaine de stage, le club de rugby féminin de Perpignan (l’USAP XV féminin) a remporté le Top 10 (équivalent du Top 14 chez nos amis les garçons).
J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Marie-Alice Yahé, demie de mêlée de l’Equipe de France de rugby féminin et de Perpignan, mais aussi Cyrielle Bouisset (2ème ligne de Perpignan) et Jean-Pierre Falcon (entraîneur). Vous l’avez compris, le rugby féminin était à l’honneur ! 

Le XV de France féminin ayant décroché la deuxième place du Tournoi des VI Nations 2012 (derrière l’Angleterre), j’ai trouvé que c’était une bonne idée de partager avec vous l’interview que j’avais réalisé de Marie-Alice Yahé, capitaine des Bleues. Evidemment, les sujets évoqués ne sont plus à l’ordre du jour.
C’est avec l’autorisation du journal de L’Humanité que je partage cet entretien avec vous. Retour en arrière, retour en juin 2011.


« Le rugby féminin n’a pas la place qu’il mérite »

A bientôt 27 ans, Marie-Alice Yahé, demie de mêlée de l’USAP XV féminin, vient de remporter le Top 10. Entretien.

Demie de mêlée tricolore depuis2008, Marie-Alice Yahé consacre sa vie au rugby. Après un début de carrière à Montpellier, elle est depuis 2009 à Toulouges, club s’appelant actuellement USAP. Marie-Alice Yahé revient sur sa saison catalane, son statut de capitaine au sein du XV de France et la place du rugby féminin dans le sport.

Comment vous êtes-vous intéressée au rugby ?
MARIE-ALICE YAHÉ. Je m’y suis intéressée tout naturellement : c’était le seul et unique sport pratiqué dans la famille. Mes frères y jouaient chacun de leur côté, mon père était joueur et entraîneur. Je suis née avec le ballon ovale (rires). Les dimanches étaient bercés par les matches de mon père, de mes frères, ou ceux de la télé. Ensuite, lorsque je suis arrivée à la fac de Dijon, une équipe se créait. Une de mes copines y était et elle m’a embarquée ! Je savais déjà faire des passes, ayant appris avec mes frères. Cet entraînement m’a plu et… tout a commencé. J’ai un énorme soutien de mes proches. Mes parents n’ont loupé aucun des matches : ils étaient à la Coupe du Monde en Angleterre, au Tournoi des VI Nations, à la finale de l’USAP. Ils suivent de très près ma carrière (rires) !

Vous est-il facile de concilier votre vie professionnelle et votre vie rugbystique ?
MARIE-ALICE YAHÉ. Personnellement, je ne jongle pas entre les deux, car je ne travaille pas. Ça va faire quatre ans que je ne fais que du rugby. Je suis masseuse, et je n’arrivais pas à trouver des disponibilités pour pouvoir m’entraîner tous les soirs, être disponible le week-end pour les déplacements internationaux. Je n’ai donc pas d’employeur, puisque les conditions ne sont pas favorables à mon métier. J’ai donc pris l’initiative de me consacrer qu’au rugby pour l’instant. J’ai la chance d’avoir ma famille derrière, et les aides du club qui me permettent de pouvoir faire du rugby, sans pour autant en vivre.

Pierre Camou, président de la Fédération Français de Rugby (FFR) a déclaré « Il n’y a pas deux rugby, l’un féminin et l’autre masculin. Mais un seul et même sport, pratiqué dans l’égalité la plus parfaite ». Pensez-vous que les valeurs du rugby sont les mêmes chez les hommes et les femmes ?
MARIE-ALICE YAHÉ. C’est tout à son honneur, car c’est respecté par ce qu’il fait de son côté pour le rugby féminin. Depuis qu’il est président de la FFR, le rugby féminin a énormément évolué, que ce soit financièrement, ou dans les infrastructures, à Marcoussis ou dans nos déplacements, et même dans le regard que la FFR a de nous. Cette citation, nous l’avons entendu lorsque Pierre Camou a pris ses fonctions et il tient vraiment sa promesse. Mais maintenant, il est vrai que si l’on prend la citation telle qu’elle est, c’est loin d’être le cas, puisque le rugby était à l’origine masculin et non féminin. De ce fait, il y a déjà une différence énorme. Les hommes eux, ont la possibilité de vivre du rugby. La différence vis-à-vis du public est importante, elle aussi. C’est vrai qu’il y a une médiatisation faible autour du rugby féminin, donc nous rapportons beaucoup moins d’argent que le rugby masculin. Mais le rugby féminin évolue. Quand je suis arrivée dans l’Équipe de France, nous n’avions rien du tout, par rapport à ce que nous avons à l’heure actuelle. Il y a encore du chemin à faire avant que le rugby féminin ait la place qu’il devrait avoir.

Le rugby féminin est peu médiatisé. Comment analysez-vous ce manque de reconnaissance ?
MARIE-ALICE YAHÉ. Il y a différentes explications, elles sont toutes un peu liées. La première est que le rugby est un milieu relativement macho, voire machiste : les gens ont du mal à accepter que l’on joue. Beaucoup pensent que nous sommes des filles qui cherchent à copier les garçons, mais notre jeu est différent. En tant que femme, c’est dur de se faire sa place dans un milieu d’hommes. Puis, il y a aussi le côté financier. J’espère pour les filles qui arriveront derrière moi que les regards vont changer. Mais le Seven (le rugby à VII) a connu un grand essor, puisqu’il va arriver aux JO de 2016. Les filles vont être beaucoup plus considérées. Au XV de France, nous encourageons beaucoup les filles du Seven. Si elles rapportent des médailles aux JO, le rugby féminin connaîtra peut-être son heure de gloire (rires). Le Seven est le seul à pouvoir faire bouger les choses.

A propos du XV de France, avez-vous le soutien du XV de France masculin ?
MARIE-ALICE YAHÉ. Oui, quand nous avons des déplacements internationaux, comme le Tournoi des VI Nations, nous avons des messages de soutien avant nos matches, et nous leur en envoyons également. Depuis que Marc Lièvremont a pris ses fonctions, il y a eu des joueurs qui sont venus faire des ateliers mêlées avec les joueuses de l’Équipe de France. Nous avons souvent des nouvelles de Marcoussis. Mais c’est un monde à part, car le rugby féminin et le masculin sont relativement séparés. Mais le staff et les joueurs respectent notre équipe, c’est aussi pour le bien de l’Équipe de France, car nous portons le même maillot, et donc les mêmes valeurs. Il n’y a aucun soucis au niveau du soutien, mais il y a peut-être des joueurs plus ouverts que d’autres sur le rugby féminin.

La Coupe du monde masculie a lieu au mois de septembre, mais la vôtre arrive également, en 2014. Cet objectif vous booste-t-il ou préférez-vous vous concentrer sur le présent ?
MARIE-ALICE YAHÉ. Je suis assez partagée. Comme vous le dites, l’objectif est fixé : c’est la Coupe du monde de 2014, aucun alternative est possible (rires). Maintenant, nous savons qu’avant cet objectif, il y a beaucoup d’échéance. Cette année, nous sommes une équipe en reconstruction, nous avons eu un énorme changement sur les effectifs : des joueuses plus ou moins âgées ont arrêté, d’autres continuent mais savent qu’elles n’iront peut-être pas jusqu’à la prochaine Coupe du monde, mais beaucoup de jeunes arrivent. Il faut les préparer. Nous avons une sorte de saison de transition, compliquée à gérer, et d’ici la Coupe du monde, il y aura certainement d’autres changements. Je prends les choses comme elles viennent : de nombreuses choses peuvent arriver. Il faut travailler. La Coupe du monde est encore loin dans le sens où rien n’est réellement fixé.

Après votre carrière de joueuse de haut niveau, souhaitez-vous entraîner, ou passer à autre chose ?
MARIE-ALICE YAHÉ. C’est encore une grande question pour moi. A priori, je voulais totalement passer à autre chose car je ne me sens pas capable d’entraîner ; comme j’en ai parlé avec l’entraîneur et le sélectionneur de l’Équipe de France, c’est une chose qui s’apprend. J’ai peur de mal savoir retransmettre. De par mon statut, je vais peut-être passer des diplômes dans ce domaine là. Je ne sais pas exactement si je vais rester dans le rugby ou revenir à ma passion, mon métier de masseuse. Mais… il va falloir que je me remette à travailler, malheureusement (rires).

Entretien réalisé par Ariane Piot.

Merci au journal L'Humanité pour l'autorisation de publication sur mon blog.

Crédit photos : Sports.fr

dimanche 18 mars 2012

Les gonzesses du Stade Français

Tous les fans de rugby le savent, même si le Stade Français Paris n'est pas actuellement à son top niveau, il en reste un des clubs mythiques du Championnat de France.Mais ce que les fans de rugby savent moins, c'est qu'une équipe féminine a été créée au Stade Français. Hé ouais : depuis cette année (saison 2011-2012), le Stade Français a créé une équipe féminine. Pas besoin d'être professionnelle : il vous suffit juste d'avoir entre 18 et 30 ans, d'être motivée et, quand même, d'avoir quelques bases en rugby (mais pas la peine d'en avoir déjà fait en club !).
Les entraînements et les matches ont lieu au stade Haras Lupin, à Vaucresson (92).

La team, les Pink Rockets, va d'ailleurs au mois d'avril, organiser une journée de détection pour la saison 2012-2013. Le club du Stade Français Paris qualifie cette team comme ayant une "formation rigoureuse, un esprit de compétition et une ambiance conviviale qui les mèneront au championnat de France de Fédérale 3".

Les Pinks sont des filles en or, alors à tous les jeunes Parisiennes passant par ici : si vous voulez tenter votre chance, n'hésitez pas ! Je donnerai la date exacte des détections dès que je l'aurai mais promis, on n'en restera pas là !

Et comme je sais que quelques unes de ces supergirls passent de temps en temps ici (notamment Nathalie Carole), je leur fais de gros poutous et leur souhaite d'aller loin, très loin, et de montrer que le rugby n'est pas qu'une affaire d'homme !

Ensemble, tentons de faire bouger les moeurs dans le rugby : oui, les filles ont leur place, et nous allons vous le prouver. D'année en année, le rugby féminin va prendre de l'ampleur ! Le nombre de licenciées augmente : faisons en sorte de faire exploser les chiffres !
Plus d'infos sur le rugby féminin ICI.

(Message adressé à Jules et Julien : vous ne pourrez paaaas me forcer !)

Crédit photos : Le Blog de Jess, Twitter des Pink Rockets.

dimanche 12 février 2012

Tournoi des VI Nations 2012, 2ème journée (+interview)

Cette deuxième journée du Tournoi des VI Nations 2012 fût très mouvementée, et ce, pour toutes les équipes internationales Françaises (- 20 ans, femmes et hommes). Petit tour des équipes !


- 20 ans :
Les Bleuets se sont inclinés d’un seul point (12-13) face aux Irlandais, samedi 11 février. Le terrain au Stade des Alpes (Grenoble) était en mauvais état, et le froid était poignant. En moyenne, l’Equipe de France des - 20 ans n’était pas réellement dans le match et a laissé traîner quelques fautes que l’on pourrait qualifier de ‘fautes de débutants’. Le froid était peut-être, en partie, en cause du peu de jeu, mais pas des fautes commises ! Mais rien n’est perdu, allez les « P’tits » !

Femmes :
Les filles ont une nouvelle fois brillé, samedi 11 février. Après leur jolie performance face aux Italiennes, la semaine dernière (32-0), les Bleues se sont imposés à Pau, face aux Irlandaises (8-7). Un dernier essai a été encaissé juste avant la fin du match. Dommage : les filles auraient pu, une fois de plus, empêcher leurs adversaires de scorer. Marie-Alice Yahé, demi de mêlée et capitaine du XV de France Féminin a été nommée, hier après-midi, meilleure demi de mêlée au monde par la Fédération Internationale de Rugby (FIR)… Bravo à Madame Captain qui sait toujours aussi bien guider ses troupes vers la lumière. Décidément, les capitaines Français(e) ont la côte en Rugby : son acolyte masculin, Thierry Dusautoir a été élu, en octobre, meilleur joueur du Monde.
Allez, on se retrouve le 11 mars, face aux « Ptites Anglaises ».

Hommes :
Aïe, aïe, aïe… face au « grand froid » qui traverse la France actuellement, le match France-Irlande a été annulé. Visages fermés, du côté du sélectionneur, Philippe Saint-André, du côté des spectateurs, la plupart très en colère (et on les comprend largement !), mais aussi du côté des joueurs. En effet, lors de l’annonce de l’annulation du match, la déception était lisible sur leur visage.

Rien que pour vous, mes Padawans, j’ai posé quelques petites questions à Julien Dupuy, 29 ans, demi de mêlée du XV de France et du Stade Français. Suite aux problèmes de dos (lumbago) de Dimitri Yachvili, le Stadiste a été légitimement appelé par PSA. Entretien.

ARIANE P. L’annonce de l’annulation du match a soulevé de grandes réactions sur le net, notamment les réseaux sociaux, dont certaines assez agressives. Honnêtement, dans les vestiaires, vous doutiez-vous de quelque chose ?
JULIEN DUPUY. Honnêtement ?  Pas du tout. Nous nous sommes entraîné quelques heures auparavant sur la pelouse du Stade de France, et certes, il faisait très froid, mais nous avons, du moins pour ma part en tout cas, déjà joué dans le passé dans de telles conditions. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Un retard, oui, pourquoi pas, mais une annulation, non. Je ne sais pas si vous tu as pu le voir à l’écran, mais nous avons été surpris, mais aussi très déçus. J’aimerais remercier tous les supporters qui étaient venus nous voir. Certains avaient fait un long trajet pour venir au stade, et ont attendu dans le froid. J’en suis vraiment navré, mais malheureusement, nous ne pouvons pas grand-chose contre les aléas du temps.

A.P. France-Télévisions avait pourtant proposé d’avancer le match à 15h au lieu de 21h…
J.D. Oui, c’est ce qu’on m’a dit ! Mais tu sais, ça, ça ne nous regarde pas. La plupart du temps, nous sommes presque les derniers mis au courant, ce qui est normal après tout : nous n’avons pas à foutre notre nez là-dedans. Ces décisions appartiennent au Comité des 6 Nations, à la FFR (Fédération Française de Rugby) et aux arbitres. C’est Dave Pearson (arbitre de la rencontre, NDAP), accompagné de Christine Connolly (représentante du Comité des 6 Nations, NDAP) qui ont pris la décision. Chacun son boulot : je reste à ma place.

A.P. D’un point de vue strictement personnel, que signifiait pour toi ce match ?
J.D. Ah, tu touches à une corde sensible, là ! Evidemment, ce match signifiait beaucoup pour moi, mais… ne parle pas à l’imparfait : la rencontre sera jouée ! Non, plus sérieusement, je dois t’avouer que j’avais hâte d’enfiler le maillot bleu et de chanter la Marseillaise. La blessure de Dimitri (Yachvili, NDAP) est arrivée au mauvais moment, et cette annonce fût un coup dur pour le XV. Evidemment, Morgan (Parra, NDAP) est encore là, et l’Équipe a de la chance d’avoir un jeune 9 aussi talentueux. Mais Philippe Saint-André ne pouvait pas prendre le risque de se retrouver sans 9 disponible, au cas où il arrive un pépin à Morgan. Je comptais beaucoup sur cette rencontre, et les quelques jours passés à Marcoussis (centre d’entraînement de l’Équipe de France, NDAP) ont été assez éprouvants pour nous tous. Heureusement, nous sommes très soudés.

A.P. Ah, c’est ça, l’esprit Rugby, n’est-ce pas ! Le mot de la fin ?
J.D. Oui, c’est tout à fait ça ! Hé bien écoute, je pense que le mot de la fin doit revenir à tous ceux qui nous suivent. Les supporters étaient dans le Stade, ou devant leur TV sur leur canapé, ou encore dans un bar, et je sais que cette annonce a déçu. Alors merci à vous tous !

Crédit photo : Rugby365.
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