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mercredi 2 octobre 2013

L'épineuse question du dopage au sein du rugby

Source photo : L'Indépendant.
Le dopage est une pratique qui remonte aux premiers instants de vie du sport. Avec les avancées techniques et médicales, la pratique est devenue de plus en plus courante, mais aussi banalisée, dans un monde où le professionnalisme est la carotte pour tous les jeunes sportifs.

La sphère du rugby a été frappée par un scandale il y a quelques mois, en mars dernier. Françoise Lasne, directrice du département des analyses de l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage), a publié une enquête dévoilant les sports les plus touchés par le dopage en France en 2012. Si la plupart du grand public s’attendait à voir arriver le cyclisme en tête du classement, c’est finalement le rugby qui décroche la malheureuse première place du palmarès. Elle a précisé que le produit qui était le plus souvent détecté était le cannabis. Après ces révélations, les people du rugby se sont agités réglant leur compte par médias interposés
Mourad Boudjellal, président de Toulon, a d’ailleurs déclaré : « On parle de cannabis. Ceux qui prennent du cannabis savent qu’on ne peut pas ensuite traverser un terrain avec ça. J’encourage donc cette dame à prendre du cannabis pour savoir de quoi elle parle ». Provoc’ de la part du diablotin du rugby qui essayait, tant bien que mal, de défendre le sport qu’il  plébiscite, mais également pour son club qui depuis plusieurs mois est dans la ligne de mire de l’AFLD.

Serge Simon. Source photo : L'Equipe.
Les instances du rugby se sont également rebellées de leur côté. Pierre Camou (FFR), Paul Goze (LNR) et Serge Simon (président de Provale) ont publié un communiqué dans lequel ils se disaient « choqués par les déclarations de Madame la Directrice du département des analyses de l’AFLD et sur les interprétations qui en ont immédiatement été faites ».
Une chose est sûre, le rugby est blessé en plein cœur de ces résultats, lui qui se dit porteur de valeurs pour la vie, aussi bien sur le terrain qu’en dehors.

Il ne faut pas oublier qu’en plus de tricher et donc de bafouer les fondements du sport, un joueur dopé s’expose à de graves conséquences pour sa santé.
Il existe 5 grandes familles de produits dopants : 
* les stimulants (amphétamine, cocaïne et autres dérivés)
* les anabolisants (dérivés de la testostérone)
* les gluco-corticostéroïdes (substances qui évitent la fatigue)
* les narcotiques (engourdissement de la sensibilité musculaire)
* les bétabloquants (ralentissement du rythme cardiaque).

Source photo : L'Humanité.
Chacun de ce produits ont quelques graves effets secondaires, tels que des troubles psychiques, des déchirures musculaires, des troubles graves du foie, du système cardiovasculaire, une dépendance, des dépressions, l’impuissance sexuelle, des cancers (cerveau, foie, estomac) voire la mort.
Sur les 3 dernières années, de récentes morts de jeunes joueurs amateurs (entre 13 et 19 ans) sont pointées du doigt. Il se murmure que des produits dopants cités plus haut sont responsables de leur décès. En effet, est-il normal qu’un jeune homme sans aucun antécédent  médical noté décède brusquement ?

Si les conséquences sur la santé sont connues de tous les joueurs, certains n’hésitent pourtant pas à sauter le pas pour espérer pouvoir décrocher un contrat avec un club.
Bien qu’au premier plan et les premiers concernés, peu de joueurs s’expriment sur le sujet. Le dopage reste actuellement un sujet tabou dans le milieu du sport.
J’ai eu l’occasion d’interviewer trois joueurs totalement différents venant de niveaux divers. Par soucis de confidentialité, je partage avec vous ces trois entretiens en garantissant un parfait anonymat aux joueurs contactés.

Joueur A
Top 14
24 ans

Ariane Piot : Les résultats de l’enquête de l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) vous ont-ils surpris ?
Joueur A : En tout premier lieu oui, puisqu’aucun joueur (du moins du club) n’a été mis au courant de cette enquête et honnêtement, nous nous attentions tous à ce que le cyclisme soit le premier sport touché. Malgré l’annonce brutale des résultats, il est important que l’AFLD ait communiqué le « palmarès » des sports qui comptent le plus de dopés car malheureusement de nombreux joueurs, surtout de jeunes débutants cherchant à percer, encourent de graves soucis de santé en consommant ces merdes. Mais personne ne s’attendait à un tel tollé et surtout un te remue-ménage dans la sphère rugby.

AP : Avez-vous déjà pris des produits dopants depuis que vous jouez ?
Joueur A : Non. Depuis que je joue, mon médecin m’a toujours averti des risques que je prenais si je me dopais. Etant un peu hypocondriaque et flippé, j’ai préféré me tenir à l’écart de tout ça !
Mais quand j’étais gamin, vers 12-13 ans, un des membres du staff du club dans lequel j’évoluais parlait de choses un peu glauques aux mômes, surtout à ceux qui avaient comme ambition de faire du rugby leur vie. Dont moi, entre autres…

AP : Des « choses glauques », c’est-à-dire ?
Joueur A : Des produits circulaient pas mal dans les vestiaires. Parfois c’était même le staff médical qui abordait le  sujet, comme quoi nous serions plus forts, plus performants, plus musclés et donc plus doués.

AP : Et c’était quel type de produits ?
Joueur A : Je ne suis pas un as du dopage, mais les produits étaient les produits classiques, comme des hormones de croissance ou des stéroïdes anabolisants.

AP : Mais en vous proposant de telles choses, étaient-ils bien conscients qu’ils exposaient des mineurs à l’illégalité et à une certaine dangerosité ?
Joueur A : Normalement oui, des adultes savent pertinemment les risques auxquels ils s’exposent, eux et leurs joueurs.

AP : Vos coéquipiers en avait-il consommé ?
Joueur A : Certains oui. Mais personne ne les a soupçonnés donc ils s’en sont allégrement sortis, sans bavure. Dans mon club actuel, je n’ai aucun doute sur la « propreté » des joueurs. En même temps à notre niveau, il serait suicidaire de jouer avec le feu et de s’exposer à de lourdes peines pour quelques facultés physiques supplémentaires.

AP : La pression du professionnalisme ne vous a-t-elle jamais donné envie de prendre des produits dopants afin de rester au mieux de votre forme ?
Joueur A : Jamais. Le professionnalisme ne m’a jamais fait peur, et il me fait actuellement vivre, aussi bien financièrement que spirituellement. Je suis fier d’être là où j’en suis actuellement, puisque j’y suis arrivé avec la sueur de mon front, et non pas avec l’aide de stéroïdes. Je dois ma venue au club à mon travail.

AP : Les contrôles anti-dopage mis en place par sont-ils efficaces et font-ils réellement peur aux joueurs professionnels ?
Joueur A : Il est évident qu’aucun joueur n’aime être dérangé chez lui le week-end à 9 heures du matin, mais il faut se faire aux règles, c’est comme ça. Le « test-pipi » n’est pas agréable, mais si le joueur n’a rien à se reprocher, ce test se fait rapidement et les contrôles sont vite oubliés. Après, avec les grandes sanctions que l’AFLD promet, il est clair qu’il est très périlleux de prendre le risque de se faire coincer, et je pense qu’une grande majorité des joueurs professionnels l’ont compris.

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Joueur B
Fédérale 1
22 ans

Ariane Piot : On sait actuellement que le rugby est le sport en France le plus touché par le dopage. Selon vous, ces consommations illégales sont-elles plus fréquentes à haut niveau ou en fédérale ?
Joueur B : Certainement en fédérale, car les contrôles sont moins stricts et moins fréquent qu’en Top 14, par exemple, où certains joueurs peuvent être contrôlés plusieurs fois en quelques mois à peine. Mais il y a quand même une certaine surveillance en fédérale, n’exagérons rien !

AP : Ces fameux résultats vous ont-ils étonné ?
Joueur B : Oui et non. Oui parce que tout le monde s’attendait à ce que l’athlé ou le cyclisme décroche la médaille d’or du dopage. Et non parce que cette enquête prenait aussi en compte les joueurs amateurs. Or il n’est pas inconnu du grand public que quelques jeunes joueurs ont plusieurs fois consommé des produits leur permettant d’être plus résistants à l’effort. Mais il faut aussi prendre en compte que cette enquête compte comme produits dopants le cannabis, par exemple. Je ne dis pas qu’il est bien de fumer du cannabis, mais à titre personnel, je ne pense pas que ce soit un produit dopant et beaucoup de jeunes (rugbymen ou non) en ont déjà consommé.

Source : Rugbyrama.
AP : Durant tout votre parcours dans le sport, avez-vous déjà consommé des produits dopants ?
Joueur B : Jamais. J’ai été éduqué dans l’optique qu’il faut bosser pour récolter ce à quoi on aspire. Je joue au rugby depuis que je suis tout gamin (7 ou 8 ans) et même si plusieurs fois j’ai connu des passes difficiles, je n’aurais jamais pensé à consommer ce genre de choses. Et puis j’aurais trop peur de me faire chopper ! Et de toi à moi, connaissant certains membres de ma famille, notamment ma mère et ma sœur, si je m’étais dopé, la sanction de la lutte contre le dopage aurait été minime face à celle infligée par mes proches !

AP : Et vos coéquipiers, que ce soit dans votre équipe actuelle ou les précédentes ?
Joueur B : Je ne suis pas le genre d’individu qui pratique la délation.

AP : Ça veut dire oui ?
Joueur B : Peut-être.

AP : Comment pourrait-on lutter contre le dopage ?
Joueur B : Il y a deux solutions complémentaires : imposer des contrôles plus fréquents et surtout, des sanctions plus lourdes. Selon moi, un joueur qui a triché ne devrait plus avoir le droit de pratiquer, quel que soit le sport.

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Joueur C
Fédérale 2
17 ans

Ariane Piot : La Fédérale 2 est-elle plus touchée par le dopage que les divisions supérieures ?
Joueur C : Je pense que oui. Malheureusement, plus on descend dans les divisions, et plus les gars se battent presque entre eux pour pouvoir se faire une place, un nom dans le milieu. Plusieurs ont succombé à la tentation et ont été recrutés par des plus gros clubs. Mais il ne faut pas non plus penser que le dopage ne touche que les « petits jeunes » de fédérale ou des centres de formation !

AP : Avez-vous déjà consommé des produits dopants ?
Joueur C : Oui, pendant plusieurs mois.

AP : Quels types et comment vous les êtes-vous fournis ?
Joueur C : Des anabolisants, achetés sur internet.

AP : Actuellement, quelqu’un de votre entourage (perso ou rugbystique) est-il au courant ?
Joueur C : Non.

Source photo : Rugby the best.
AP : Pas peur de vous faire coincer ?
Joueur C : Je n’en consomme plus depuis pas mal de temps, donc je ne pense pas que l’AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) puisse remonter jusqu’à moi.

AP : Vous n’éprouvez donc aucun sentiment de culpabilité ?
Joueur C : J’ai arrêté, on peut dire que c’était une erreur de jeunesse. Quand j’ai appris que ces produits pouvaient avoir de graves effets sur la santé, j’ai immédiatement espacé les prises pour finalement les arrêter.

AP : Avec du recul, quel regard portez-vous sur la pratique du dopage ?
Joueur C : Comme je t’ai dit tout à l’heure, beaucoup de jeunes joueurs entre 14 et 19 ans sont victimes d’une pression gigantesque sur les épaules. On doit être bons partout : en cours, au rugby, en dehors du terrain, dans les relations amicales, familiales,… Malheureusement, pour supporter ce stress, des jeunes consomment ces choses. Mais pour être tombé là-dedans, je peux témoigner que c’est mal. On vit dans la peur de se faire contrôler et donc de sombrer.
J’espère que les chiffres baisseront et que le rugby sera moins touché par le dopage.



>> Un énorme merci aux 3 joueurs qui ont accepté de répondre à mes nombreuses questions. Merci pour leur patience, leur confiance et leur sympathie

samedi 21 septembre 2013

Le rugby féminin en crise

La Fédération Française de Rugby (FFR) compte environ 450.000 licenciés sur le territoire, dont 12.000 femmes, soit même pas 3%. Depuis la Coupe du Monde 2007, organisée en France, le nombre de femmes licenciées est de plus en plus important, mais cette augmentation reste cependant relativement lente et faible si on la compare aux autres sports, notamment le basket, où 40% des licences étaient féminines !

Pour reprendre l’exemple des autres sports, le rugby est certainement celui qui se développe le moins vite en faveur des femmes. En effet, ces demoiselles jouent officiellement avec la balle ovale depuis seulement les années 1970 (prenons pour note que le rugby a vu le jour à la fin du XIXème siècle). Il n’est évidemment pas nécessaire de préciser que leur pratique était très mal vue par leurs collègues masculins.
De nombreuses décennies après, en 2013, on peut dire que les mentalités n’ont pas beaucoup plus évolué. Le rugby féminin est toujours méconnu du grand public, sa médiatisation est inexistante, et les regards extérieurs, notamment ceux des hommes, ne sont pas toujours bienveillants. Actuellement, premier point d’inégalité avec le rugby masculin, le professionnalisme n’existe pas chez les femmes, de quoi en faire bondir plus d’une qui pourtant, s’investissent énormément !

Tout comme chez les garçons, il existe plusieurs championnats, dont notamment le Top 10 (équivalent du Top 14, le professionnalisme en moins) qui réunit les 10 clubs de l’élite rugbystique féminine.
Jusqu’ici, malgré une large exaspération de la part des pro-rugby féminin, tout allait bien, ou presque. Mais il y a peu, la FFR a annoncé les réformes futures (pour la saison prochaine) qui vont bouleverser le Top 10 qui deviendra le… Top 8 ! On peut facilement en déduire que cette saison 2013/2014 est une saison de transition, une sorte de saison « trou ». La FFR a d’ailleurs également d’ores et déjà mis en place des changements. Explications !

Pour cette saison 2013 / 2014 :
Le Top 10 était jusqu’ici joué tout à fait normalement, c’est-à-dire qu’une équipe jouait 9 matches en phase aller, et 9 matches en phase retour, avant de passer (ou non), les phases finales. Pour cette année, la FFR a décidé de séparer ce Top 10 en deux poules de 5 équipes dont voici la composition.

* Poule 1 *
Montpellier
Caen
Perpignan
AC Bobigny 93 
Stade Bordelais

* Poule 2 *
Lille Métropole RC
Lons
Stade Rennais
Blagnac-Saint-Orens
La Valette-du-Var

Pour la saison prochaine, 2014 / 2015 :
Le Top 10 passe au Top 8 ! Deux clubs seront donc, selon leur classement, évincés de ce championnat d’élite. Les phases régulières seraient donc finalement très courtes et de nombreuses joueuses qui se donnent corps et âme au rugby ne joueraient même pas 6 mois de l’année (de septembre à janvier). Un scandale pour la plupart des dirigeants des clubs féminins.

Suite à ces annonces, le web s’enflamme et de nombreuses pétitions circulent sur la toile : la FFR est en train d’assassiner peu à peu le rugby féminin. L’indignation, que ce soit dans le milieu (entraineurs, joueuses, staff) ou chez les amateurs, s’est installée, et la FFR est prise en grippe par les spectateurs, qu’ils soient féminins ou masculins. En effet, certains grands noms du rugby français, comme Marc Lièvremont, pour ne citer que lui, se sont indignés de ces décisions de la FFR et ont fait savoir leur avis grâce à des interviews ou des pétitions.
D’un point de vue strictement personnel, je pense que la FFR est en train de tuer à petits feux la pratique féminine. Avec de tels modes de pensées (notamment auprès des supporters masculins) et de tels remaniements, le rugby féminin ne connaîtra jamais la consécration qu’il mérite pourtant.
Si ça vous intéresse, j'avais eu l'occasion d'interview la capitaine des Bleues, Marie-Alice Yahé, il y a 2-3 ans, dans laquelle elle exprimait son ressenti quant à la place du rugby féminin au sein du sport français. Vous pouvez (re)découvrir l'interview ICI.

Je vous propose maintenant de découvrir ce que Jérémy Hierso, entraîneur de l’équipe féminine du Stade Bordelais, actuellement en Top 10, pense de ces réformes.
L’interview a été réalisée par mail dans la semaine du 16 septembre.

ARIANE PADAWAN : Depuis combien de temps la Fédération Française de Rugby vous a-t-elle prévenu des modifications du Top 10 ?
JEREMY HIERSO : Les clubs ont été prévenus à la fin du mois de juin à l’assemblée générale de la fédération.
Ensuite les clubs ont échangé tout l’été pour essayer de changer la formule du championnat.
La FFR a reçu les clubs le 26 août mais elle a toujours dit que la formule ne changerait pas parce qu’elle avait été votée en comité directeur.

AP : Êtes-vous favorable à la transformation du Top 10 en Top 8 ? Pourquoi ?
JH : Je suis favorable à un changement de formule parce que le calendrier n’est plus adapté aux échéances internationales. L’an dernier, pendant les phases finales des clubs, avait lieu le championnat d’Europe à 7. Les joueuses étaient donc coincées entre l’envie de vivre des phases finales avec leurs partenaires de club et la fierté de représenter la France dans une compétition internationale.
Pour la formule j’aurai préféré augmenter le nombre d’équipe avec deux poules de 6, mais la poule unique de 8 resserre l’élite. Cela garantit un minimum de 14 matchs à XV sur la saison et jusqu’à 17 pour les finalistes. L’Angleterre fonctionne en top 8 et cela leur réussit plutôt bien vu que cela fait 7 tournois des six nations qu’elles remportent de suite dont 6 grands Chelem.

AP : Ces annonces brutales modifient-elles votre manière de travailler pour cette saison et la suivante ?
JH : Non, cela ne modifie pas fondamentalement notre manière de travailler. La volonté du club est de faire évoluer toutes les joueuses et de leur permettre d’atteindre leur meilleur niveau. C’est la philosophie que l’on s’est fixé depuis mon arrivée et elle reste la même avec le changement de championnat. Nous allons avoir moins de temps et on n’aura pas trop le droit à l’erreur si on veut se maintenir.

AP : Vos objectifs finaux ont-ils changé suite à cette annonce des modifications ?
JH : L’objectif reste le maintien pour les deux équipes, se classer dans les quatre premiers de la poule pour rester dans le top 8 français. C’est notre deuxième saison dans l’élite et nous avons beaucoup appris et progressé l’an dernier, il faut rester dans cette dynamique. Sur un top 10 en poule unique, on a plus de matchs et donc plus de temps, on peut essayer une jeune avec du potentiel plus facilement. C’est une année de transition et il faut tout faire pour rester  en top 8.

Photo de Lise Anhoury.
AP : Quel regard portez-vous sur le rugby féminin, sur son avenir, son manque de médiatisation, etc... ?
JH : Le rugby féminin est passionnant parce que ce n’est pas commun pour une femme de jouer au rugby. Cela lui donne une motivation supplémentaire pour montrer à son entourage mais aussi aux sceptiques qu’elles méritent leur place sur un terrain de rugby. Elles s’engagent donc pleinement dans l’activité et c’est un plaisir pour un entraîneur d’avoir des demoiselles qui sont motivées et à l’écoute.
Elles jouent pour le plaisir de jouer, il n’y a pas d’argent et on retrouve le rugby amateur des garçons des années 80 avec la volonté de se dépasser et de tout donner pour vivre une aventure humaine, sur et en dehors du terrain. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas compétitrices, bien au contraire, mais quel que soit le résultat on va passer du bon temps ensemble parce que cela ne reste que du rugby.
Le rugby professionnel est indispensable au développement de la pratique et c’est un spectacle de qualité qu’il faut maintenir.
Pour l’avenir des filles au plus haut niveau il faudra faire évoluer le statut des joueuses pour rivaliser dans les compétitions internationales et bientôt les Jeux Olympiques. Pour l’instant elles s’entraînent tous les jours mais cela ne suffira pas.
Le sport féminin est très peu médiatisé, les ministères des sports et celui des droits des femmes travaillent pour changer les choses mais c’est très long il y a toujours beaucoup de freins. Il faut continuer d’espérer et suivre le chemin des sportives qui portent haut les couleurs de la France comme les « braqueuses », les judokates, ou les nageuses aux derniers jeux.

AP : Pensez-vous qu'avec ces modifications de la FFR le regard porté sur le rugby féminin va changer ?
JH : Je ne pense pas, les passionné(e)s seront toujours là et les personnes qui découvrent cette pratique au hasard d’une rencontre sont presque toujours séduits par le rugby féminin. Ils continueront à l’être. Le positif de la réforme est que la presse s’est un peu intéressée aux féminines.


Un immense merci à Jérémy Hierso qui a gentiment accepté de répondre à mes questions et qui m’a ainsi permis de mieux cerner le problème, et surtout, de comprendre les avis ressentis au sein des clubs qui, finalement, sont ceux qui sont le plus concernés. Ce billet sur le rugby féminin me tenait énormément à cœur, puisque je milite pour le développement du rugby féminin en France et que, d’un point de vue strictement personnel, je suis outrée des décisions prises par la FFR.

lundi 3 septembre 2012

Le cas des Jeux Paralympiques

Les JO se sont achevés il y a un peu plus de 3 semaines (récapitulatif ICI), et ce sont les Jeux Paralympiques qui ont pris le relais depuis le 29 août, et ce, jusqu'au 9 septembre.
Le mois dernier, le Monde entier n'avait qu'un mot à la bouche : "Londres 2012". L'Angleterre avait sorti le grand jeu, et la France, elle non plus, n'avait pas hésité à suivre le mouvement : France Télévisions avait réellement assuré côté retranscription des jeux.

Seulement voilà, on constate une réelle discrimination envers les Jeux Paralympiques. Des choses qui peuvent paraître anodines mais qui en mettent plusieurs hors d'eux : la flamme avait été éteinte (pourquoi l'avoir éteinte, mince alors ?!), les anneaux olympiques ont été enlevés du Tower Bridge, etc.
Les JP2012 sont des jeux à part entière, et je trouve cela inadmissible que ces jeux ne bénéficient pas d'autant de considération que les jeux "valides".
Le pire reste tout de même la pseudo diffusion des jeux : France Télévisions les diffuse, certes, mais en décalé (exit le direct !) et seulement par "petits bouts". Face au mécontentement des athlètes, mais aussi des téléspectateurs, France Télévisions a foutu un coup de collier à tout cela et a (très) légèrement renforcé son dispositif. Mouais.
Alors si vous, chers téléspectateurs, qui n'avez pas la chance d'être à Londres en ce moment, souhaitez regarder les JP, il ne vous reste que 2 options : les visionner sur internet ou bien avoir la chaîne TV8 Mont-Blanc (chaîne que nous captons tous, évidemment !).

La délégation française arrivant à Londres

Quand tout ceci est évoqué avec Daniel Bilalian, le directeur des sports de France Télévisions répond simplement que le groupe a "des contraintes financières". Certes, mais zut alors, ce sont les Jeux, tout de même ! Selon Daniel Bilalian, le réel "problème" reste le fait que les JP se déroulent pendant la haute saison (comprenez hors de l'été : les programmes habituels sont donc de retour sur les écrans) : "L'idéal, et c'est notre souhait, seraient qu'ils [les Jeux Paralympiques] aient lieu avant les JO ou juste après. Comme nous serions encore en grille d'été, ce serait possible".
Bien sûr.

Heureusement, grâce aux réseaux sociaux, notamment le réseau qui gazouille, les infos concernant les JP sont bien diffusées, mais je persiste, je trouve cela honteux, discriminatoire et irrespectueux envers les athlètes. Valides ou non, un sportif reste un sportif, et les Jeux Olympiques, para ou non, restent un évènement très important dans le sport mondial.
Espérons que dans 4 ans, France Télévisions se sera débrouillé pour nous proposer une diffusion digne de ce nom, et digne des athlètes.

Retrouvez les infos sur les JP2012 ici :
- France TV, rubrique sport
- Site officiel des Jeux Paralympiques 2012
- Site officiel du mouvement paralympique
- Compte Twitter officiel de l'Equipe de France paralympique

Et selon vous, les JP sont-ils assez médiatisés ? Comment sortir les athlètes para de l'ombre des athlètes valides ?

Crédit photos : France Paralympique.

mercredi 27 juin 2012

Le cas des Bleus

Non, ne partez pas ! Oui, vous avez bien lu, je vais parler de foot. Mais pas du foot, du jeu, des matchs, etc. Non, je vais vous parler du cas des Bleus. Oui, je suppose que vous en avez ras le fion d’entendre parler de l’Equipe de France de foot, mais vous connaissez maintenant mon côté grande gueule, et vous vous doutiez bien que je ne pouvais pas ne rien dire quant à cette « saga de l’été ».
Il y a 2 ans, les Bleus commençaient, sous l’ère Domenech, à alimenter la polémique. J’en avais d’ailleurs parlé sur mon ancien blog, et ma colère était déjà palpable (lisez ou relisez le billet en cliquant ICI). Je pensais vraiment que la réaction des Français avait fait réfléchir les Bleus, mais il faut croire que non, puisque les footeux ont recommencé.
Après la crise du bus, les insultes dans les vestiaires lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, l’Equipe de France remet les scandales sur le tapis. Au programme : insultes envers les journalistes, aucun enthousiasme sur le terrain, propos peu acceptables envers l’entraineur (Laurent Blanc depuis la fin du Mondial 2010). Je ne veux pas faire « vieille France », mais nous sommes loin de l’Equipe de France cuvée 98
Je ne compte pas faire un parallèle avec les attitudes des rugbymen, car je pense que vous avez lu et entendu cette comparaison partout, mais vous savez très bien ce que j'en pense !

Ce qui me choque, personnellement, c’est que ces hommes sont des « exemples » pour des milliers de gamins. Pour reprendre les propos d’Emmanuel Petit (ancien Bleu), tout ce qu’il s’est passé est le « reflet de la société actuelle ». Comment voulez-vous que des enfants de 7-8 ans, dont les footballeurs sont de véritables idoles, n’adoptent pas la même attitude qu’eux ?
L’autre jour, dans le métro, j’ai bien compris qu’Emmanuel Petit avait raison. Bon, je vais vous raconter, je sais qu’au fond, vous brûlez d’impatience ! Une classe (CP ou CE1, je pense) était en sortie scolaire. Il y avait du monde dans le métro, donc l’un des accompagnateurs a demandé à un des enfants de se lever du strapontin, afin de laisser plus de place dans le métro (oui, c’est ce qu’il se fait, quand on est poli et logique !). Le môme, haut comme trois pommes, répond à l’accompagnateur : « Ouais, toi ta gueule ! ». Non mais on va où là ? En même temps, avec Nasri qui insulte à tout va, comment voulez-vous que les enfants qui prennent exemple sur eux soient polis ?

Je suis outrée par l’attitude qu’ont eue les footballeurs. Et encore, je dis « les footballeurs », mais certains n’ont pas fait de vagues (je pense notamment à Hugo Lloris dont l’attitude a toujours été exemplaire) et je trouve injuste que toute l’équipe soit mise dans le même sac alors que quelques jeunes trous du cul seulement viennent cracher sur l’Equipe de France. Oui, vous avez bien lu, je les ai qualifiés de trous du cul. Ou merdeux, c’est vous qui choisissez ce que vous préférez. Merdeux, oui, car ils portent les couleurs de la France et ils devraient éprouver un minimum de respect envers le maillot. Quand un des joueurs dit à Laurent Blanc : « Si tu n’es pas content, tu me renvoies en France »… Je peux vous dire qu’avec moi, il n’aurait pas eu besoin de le répéter une seconde fois ! Une demi-heure pour faire ses bagages et il était déjà dans le premier avion pour Roissy (et en classe économique, faut pas déconner).
Des milliers de jeunes footballeurs amateurs donneraient tout ce qu’ils possèdent pour approcher l’Equipe de France, mais eux préfèrent trainer des pieds sur le terrain et insulter la presse. Ok, d’accord, mais je pense qu’à un tel point, il est grand temps de faire un « ménage » dans l’Equipe de France et que des sanctions de la part de la Fédération Française de Football doivent tomber.

Jouer en Equipe de France est un honneur, et non un dû. Certains footballeurs devraient se remettre sérieusement en question.

Crédit photos : L'Equipe.

mercredi 18 janvier 2012

Prothèses PIP : le combat profit/santé

Depuis quelques semaines, le scandale des prothèses mammaires PIP remuent la France entière. Retour sur l’histoire d’un scandale.
Depuis 2010, les prothèses PIP sont déclarées comme étant suspectes. En 2011, suite à un décès, le scandale commence.
Le 21 novembre 2011, une femme décède des suites d’un lymphome développé après la rupture de ses prothèses PIP. Le 23 décembre, les autorités françaises recommandent aux porteuses de se faire retirer leurs prothèses, par prévention, après que 8 cancers ont été signalés. Le 24 décembre, la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM) annonce qu'elle va porter plainte au pénal « pour tromperie aggravée et escroquerie ». Le 30 décembre, l'Afssaps (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) annonce avoir enregistré 20 cas de cancer chez des femmes porteuses de prothèses PIP, mais qu'aucun lien de cause à effet n'a été pour l'instant établi.

Le début de cette année 2012 fût martelée par la recherche des « grands » responsables de ‘scandale sanitaire’.
Le 2 janvier 2012, un distributeur de produits chimiques, Brenntag, admet avoir fourni du silicone industriel à PIP. L’avocat de la société PIP affirmait cependant que les implants défectueux contenaient un gel alimentaire. Le 3 janvier, Xavier Bertrand (Ministre de la Santé), indique avoir « demandé des enquêtes » à l'Afssaps pour déterminer si des problèmes de contrôle avaient permis à PIP de commercialiser ses prothèses. Le 6 janvier, L'AFP (Agence France Presse) révèle que le fondateur de Jean-Claude Mas (fondateur de PIP) a reconnu en octobre avoir produit et utilisé pour ses prothèses un gel non contrôlé et autorisé, « moins cher [...] et de bien meilleure qualité ». Le Ministre de la Santé encourage les femmes porteuses à se faire enlever, par précaution, les prothèses.

Durant plusieurs jours, les femmes porteuses de prothèses et leur famille se battent contre PIP. En France, 500.000 femmes sont concernées.
Le 17 janvier, Jean-Claude Mas s’exprime et persiste : il n’y a aucun danger. Voici sa déclaration (reportage de BFMTV) :


Jean-Claude Mas est, selon beaucoup, un criminel préférant le profit à la santé et l’éthique sanitaire/médicale. D’ici fin 2012, l'affaire donnera lieu à un procès, pour «tromperie aggravée» devant le tribunal correctionnel de Marseille. Une information judiciaire pour « blessures et homicide involontaire» a par ailleurs été ouverte en décembre à Marseille. Affaire à suivre.

Crédit photos : Europe 1, Le Parisien.
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