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lundi 16 février 2015

Jeg er dansk

Claus Bjorn Larsen pour l'AFP
Je suis plutôt étonnée (voire triste) de voir la si faible mobilisation des Français vis-à-vis de nos voisins les Danois.

En effet, en quelques jours à peine, la capitale du Danemark a été secouée par deux attentats, très similaires aux attentats parisiens du mois de janvier.
Il y a tout d'abord eu cette fusillade contre un centre culturel dans lequel se déroulait une conférence sur les dérives du fanatisme religieux et, évidemment, sur les événements Charlie en janvier, à Paris, et leurs conséquences. Le dessinateur à l'origine des premières caricatures de Mahommet, ou du moins le premier à les avoir publié, était clairement visé. Puis il y a eu cette fusillade dans une synagogue de la capitale.

Au lendemain de ces deux attaques, le Danemark est bouleversé, les pays occidentaux apportent leur soutien, mais les habitants n'ont pas envie de céder à la panique, à la haine. Enfin, et surtout, les médias danois sont plus dans la retenue que nos journalistes français il y a un peu plus d'un mois. La presse veut "résister et ne pas céder" ni "à la peur", ni à "la division". Puisqu'il faut bien l'admettre, les médias français avaient totalement intensifié le sentiment de peur et de paranoïa de beaucoup de Français. Espérons que cette manière d'aborder journalistiquement parlant les faits danois, mais aussi français, soit plus intelligente et plus maîtrisée que celle utilisée par certaines grandes chaînes françaises d'information en janvier qui se contentaient de répéter, et souvent de déformer, les rumeurs postées sur les réseaux sociaux.

Puisque ces deux attentats sont une nouvelle fois des attentats contre la liberté de s'exprimer et la liberté d'exister, de croire en qui on veut, ce soir, mes pensées sont pour tous les danois.
Jeg er dansk.
*Je suis danoise

mardi 20 janvier 2015

Et maintenant...?

Crédit photo : Cyril Bonnet, pour Nouvel Obs
Nous sommes aujourd’hui à J+13 du début des attentats qui ont touché la France, et plus particulièrement Paris. On a pu constater l’élan de fraternité, de solidarité et d’unité toute la semaine, et surtout le 11 janvier, lors de la Marche Républicaine, dont je vous parlais ICI. Nous avons toutes et tous, ou presque, scandé « Je suis Charlie », que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue, en exprimant notre solidarité un peu partout en France, notamment sur la Place de la République. Mais qu’en est-il actuellement, et qu’en sera-t-il demain ?

Charlie Hebdo et les autres
Mais à J+13, alors que les choses commencent peu à peu à rentrer dans l’ordre, la liste d’attente pour le Charlie Hebdo post-événements est toujours aussi longue. Certains, qui n’avaient jamais entendu parler du journal satirique, se sont littéralement rués sur les nombreux kiosques parisiens. D’autres ont continué à lire les journaux qu’ils avaient l’habitude d’acheter, voire pas du tout. Et ce sont eux, finalement, qui ont eu raison. Oui, c’est beau d’avoir voulu aider et soutenir Charlie Hebdo, mais le soutien ne doit pas s’arrêter à une sorte d’engouement effet « mouton ». La presse écrite, quelle qu’elle soit (satirique ou non, de gauche comme de droite, féminine ou masculine, musicale ou littéraire), agonise et vit en grande partie des donations de lecteurs et des publicités publiées dans leurs pages. L’aider devient une nécessité, attentats ou non.

Crédit photo : JDD
Alors oui, je suis très fière d’avoir vécu ces élans de solidarité, mais qu’en sera-t-il de la situation financière de Charlie (et des autres !) dans 2 mois, 8 mois, 1 an ? C’est à ce moment-là qu’il faudra regarder en arrière et se dire qu’on a été bêtes d’acheter la presse, que dis-je de se jeter sur Charlie Hebdo, pour finalement à peine le feuilleter et ne plus jamais racheter un seul exemplaire… Le soutien et l’unité ne doivent pas être un phénomène de masse. Ceci doit être accompli avec une profonde conviction. Celle de faire bouger les choses.

Les amalgames et la haine de ceux qui se disent vouloir vivre ensemble
A peine avons-nous su que ces attentats avaient été commis par des terroristes que beaucoup ont commencé les amalgames. Je trouve inadmissible et terriblement triste que des citoyens français de confession musulmane aient « dû » se justifier comme quoi ils étaient musulmans mais n’approuvaient pas les actes de ce début du mois de janvier.

Il est déjà inadmissible de tuer quelqu’un pour de simples dessins, mais il est d’autant plus grave que ces actes aient des répercussions sur un groupe d’individus, quels qu’ils soient.
On a vu lors de la Marche du dimanche des gens d’origines et de confessions très différentes aux bras les uns les autres. C’est magnifique, oui ! Mais il est dommage que ces personnes aient besoin de se montrer face caméra pour que les propos haineux s’arrêtent. Il suffit de flâner sur les réseaux sociaux. Le nombre de tweets, de statuts, de photos ou de billets de blog aux propos racistes, antisémites et islamophobes sont de plus en plus nombreux. Honte à ceux qui les écrivent, mais également, voire encore plus, honte à ceux qui les relayent grâce (ou plutôt à cause) de la fameuse mention « J’aime ».

Avant de prétendre vouloir vivre ensemble, intégrons la véritable signification des mots tolérance et respect.

La liberté, jusqu’où ?
Le respect, justement… L’action de respecter se définit dans le dictionnaire du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales comme étant de « Considérer quelqu'un avec respect, porter une profonde estime à quelqu'un, le traiter avec égards en raison de son âge, sa position sociale, sa valeur morale ou intellectuelle ». Par conséquent, je respecte celles et ceux qui n’ont pas voulu être Charlie.
D’un point de vue strictement personnel, les dessins de Charlie Hebdo m’ont toujours (ou presque) fait rire. Mais je peux comprendre qu’ils n’aient pu plaire à certains, voire les blesser. De ce fait, je n’ai pas insulté ou traité d’insensibles les personnes qui ne sont pas Charlie.

Crédit photo : 20 Minutes
Ne pas être Charlie ne signifie pas être du côté des terroristes et encourager les actes d’attentats. Ne pas être Charlie ne signifie pas être contre la liberté d’expression. Ne pas être Charlie signifie simplement ne pas approuver les caricatures et satires. Et dans le pays des Droits de l’Homme, chacun est libre de penser que quelques hommes, qu’ils soient caricaturistes, journalistes ou autres, sont allés un peu loin. Et écouter les avis de ceux qui ne sont pas Charlie s’avère très intéressant. Alors si quelqu’un ouvre un jour la conversation à ce propos avec vous, ne soyez pas borné et écoutez jusqu’au bout ce que cette personne a à vous dire. Car si certains ont pu être attristés et choqués de ces caricatures, ils n’approuvent pas les meurtres, les tueries, les barbaries. Il suffit juste de tendre l’oreille et d’accepter que notre voisin ait une opinion divergente. N’est-ce pas également ça, la liberté d’expression ?

Et n’oubliez pas que comme tout droit, la liberté d’expression a des limites, lesquelles sont fixées par des lois, notamment l’article 11 de la DDHC (1789) ou encore la loi Gayssot (1990), entre autres. Alors ne stigmatisons pas celles et ceux qui refusent d’être Charlie.

La liberté à travers le monde
A l’heure où la France et ses alliés géopolitiques (l’Allemagne, les Etats-Unis, etc…) se battent et manifestent pour cette fameuse liberté d’expression, certains pays se battent pour leur liberté « tout-court ».
Qu’en est-il des lycéennes enlevées au Nigeria par Boko Haram, en avril 2014 ? Qu’en est-il de ces enfants en Syrie qui sont obligés de vivre sous les bombes, tous les jours, depuis déjà bien trop longtemps, et qui, pour certains, n'ont jamais connu la paix ? Qu’en est-il de ces journalistes de Corée du Sud qui, ayant contourné la censure, sont torturés et humiliés en prison ? Qu’en est-il de ces millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim ?

Lutter contre le terrorisme en France, et plus généralement en Occident, est primordial, oui. Mais fermer les yeux sur toutes les immondices et les injustices perpétrées dans le monde est inconcevable. On ne peut pas « être Charlie » et ne pas vouloir voir la vérité en face sur ce qui nous entoure.

Je suis Raif
Affiche créée par Amnesty International
Raif Badawi, saoudien de 30 ans, est le lauréat 2014 du prix pour la liberté de la presse (par Reporters Sans Frontière). Sur son blog, il a eu le malheur d’avoir partagé son ressenti et ses doutes concernant les libertés fondamentales en Arabie Saoudite et sa société en général (religion, politique, société, etc…). Son site (Liberal Saudi Network) est actuellement interdit et Raif est emprisonné depuis 2 ans. Il a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet. Afin de « donner l’exemple », le gouvernement saoudien a souhaité que ce jeune homme ne meurt pas sous le fouet. De ce fait, il recevra 50 coups de fouet chaque semaine, en public, le vendredi, devant une des mosquées de Jeddah.

Puisque la liberté d’expression et la liberté de vivre ne doivent pas se limiter à Charlie Hebdo, n’oublions pas toutes ces personnes partout dans le monde, de tout âge, de toute religion, qui sont enlevées, frappées, humiliées, fouettées, torturées et tuées pour avoir voulu vivre, donner leur avis et tenir tête aux fous qui souhaitent tirer les ficelles du monde.

Je termine ceci par une pensée chaleureuse et un immense merci, du fond du cœur, aux journalistes qui partent dans des zones dangereuses pour pouvoir nous mettre au courant de ce qui se passe dans le monde. Ces hommes et ces femmes risquent leur vie pour que nous ne demeurions pas aveugles. N’oublions jamais les sacrifices de certains.

dimanche 11 janvier 2015

Dimanche 11 janvier 2015, journée historique

En ce jour, ce dimanche 11 janvier 2015, je suis fière de vous dire que j’ai participé à une journée historique. En ce jour, je suis fière de vous dire que nous étions près de 1,5 million de marcheurs entre République et Nation à Paris, et que de nombreux autres marcheurs se sont joints à nous, dans plusieurs villes de province, mais aussi partout dans le monde. En ce jour, je suis fière de vous dire que oui, l’unité nationale existe, ou du moins qu’elle a existé le temps d’une marche, le temps de faire honneur et de rendre hommage aux 17 victimes des tristes attentats qui ont marqué à larmes et à sang le peuple français.

Ce soir, je suis confuse entre des larmes de tristesses pour ces morts et surtout les valeurs qui ont été entachées, et des larmes de joie quand je vois toute cette unité, cette solidarité…C’est magnifique !
Souhaitons qu’une seule chose, que cet amour réciproque des gens continue, au-delà de ces terribles événements.
Que cette journée soit un exemple, que ce soit pour la liberté d’expression, pour la liberté de la presse, pour les relations entre les différentes communautés, pour tout simplement cette liberté, égalité et fraternité française.

Je suis Frédéric Boisseau
Je suis Philippe Braham
Je suis Franck Brinsolaro
Je suis Jeana Cabut (Cabu)
Je suis Elsa Cayat
Je suis Stéphane Charbonnier (Charb)
Je suis Yohan Cohen
Je suis Yoav Hattab
Je suis Philippe Honoré
Je suis Clarisse Jean-Philippe
Je suis Ahmed Merabet
Je suis Barnard Maris
Je suis Mustapha Ourrad
Je suis Michel Renaud
Je suis François-Michel Saada
Je suis Bernard Verlhac (Tignous)
Je suis Georges Wolinski

LA FRANCE EST CHARLIE





mercredi 7 janvier 2015

Pour la liberté de la presse, pour la liberté d'expression... Nous sommes tous Charlie

Dans la fin de la matinée de ce mercredi 7 janvier 2015, le journal Charlie Hebdo a été la cible d’un attentat qui a fait de nombreux blessés,  dont 4 dans un état critique, et 12 morts, donc 2 policiers, les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré, Tignous, Wolinski et l'économiste Bernard Maris.

Je ne compte pas vous énumérer les détails de cette triste journée, puisque je considère qu’il vous suffit d’allumer n’importe quelle chaîne d’informations pour cela. Mais ce soir, je viens partager avec vous ma tristesse, tant pour les personnes décédées aujourd’hui que leur famille. Mais aussi ma colère. Cette colère difficilement descriptible face à cette atteinte à la liberté d’expression, à la liberté de la presse.

Des centaines de journalistes se battent tous les jours pour pouvoir nous décrire objectivement l’état actuel du monde. Certains se font même enlever, torturer, exécuter car ils veulent nous ouvrir les yeux sur le monde.
Jusqu’à aujourd’hui, nous vivions dans un pays où la liberté d’expression a toujours triomphé. Mais disons-le nous bien : la liberté d’expression va résister, et se relèvera encore plus forte de cet affreux évènement. Et surtout, ne basculons pas dans la terreur et les terribles amalgames qui stigmatiseront des personnes innocentes qui ne sont en rien responsables de ce qu'il s'est passé ce matin.

Slogan de RSF.
Ce soir, et pour tous les jours à venir, nous sommes toutes et tous Charlie, que nous soyons d’accord ou non avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Nous sommes Charlie car nous sommes français et que nous vivons dans le pays des droits de l’Homme, le pays des plus belles libertés.

Et puisqu'on sait que l'art a parfois l'occasion de bien expliquer les choses, les situations et les émotions que l'on peut ressentir, je partage avec vous une chanson du groupe Epica, que j'aurai la chance de voir sur scène le 29 janvier. Cette chanson s'appelle "Martyr of the free word" et elle prouve que Charlie n'est pas mort, qu'on ne se laissera jamais dicter nos lois et revoir nos libertés par une poignée de fous.



En voici quelques extraits :

Speaking interpretation
A conversation can take a sudden turn
And reaching the point of violence
Because your silence left you without a hand to hold
[...]
Those who denounce a way of life
Will stand alone
Left to atone their social blunders
If you gun down the messenger
You guarantee that he will be made
Into a saint
The martyr of the free word

Traduction pour les non anglophones :

Interprétation orale
Une conversation peut prendre un tour soudain
Et atteindre le sommet de la violence
Car ton silence t'a laissé sans une main à laquelle s'accrocher
[...]
Ceux qui dénoncent une manière de vivre
Se retrouveront seuls
Et n'auront plus qu'à expier leurs erreurs sociales
Si vous tuez le messager
Vous garantissez qu'il sera considéré
Comme un saint
Le martyr de la parole libre

#JeSuisCharlie
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